Devenir mangaka en France : parole aux artistes de Glénat

Fasseur Barbara - 06.07.2018

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#JapanExpo18 – Bien que la Japan Expo soit le festival de la culture japonaise, cette année la convention fait la part belle aux mangakas français. Les éditeurs accueillent plusieurs d’entre eux en dédicaces ou les étagères de leurs stands pour faire découvrir les noms montants de la publication made in France. Alors quand la plume européenne rencontre la bande dessinée japonaise, comment ça marche ?

 


 

Et c’est autour d’une table ronde que le sujet a été lancé. Glénat a proposé à quatre de ses artistes de partager leurs expériences sur le thème « Devenir mangaka en France ». Au micro, on retrouve Antoine Dole, scénariste de 4Life avec Vinhnyu son dessinateur, Christophe Cointeau pour son titre Tinta Run et Vanrah qui publie actuellement trois séries chez Glénat (MortiCian, Stray Dog et Ayakashi).
 

VanRah et son caractère bien trempé ont un parcours tout particulier : ostéopathe pédiatre, encreuse de comics et finalement mangaka, elle est publiée aux États-Unis, au Japon, mais aussi en France et mène de front 5 séries. Vinhnyu, lui, est Youtubeur à ses heures perdues et a été repéré au Japon par un tremplin de publication. Antoine Dole est pour le moment plus connu pour ses romans et bandes dessinées jeunesse, mais il sort aujourd’hui son premier manga chez Glénat. Enfin, Christophe Cointeau qui après avoir quitté son poste de contrôleur des impôts pour réaliser son rêve se voit publier chez l’éditeur qui a bercé son adolescence, avec des séries comme One Piece ou encore Dragon Ball.
 

Autant de formations et de parcours plus éclectiques les uns que les autres pour prouver les propos de chacun , à savoir qu’aucun diplôme n'est indispensable pour le devenir. Une formation artistique ne serait pas non plus un passage obligé. Un rêve, beaucoup de travail et énormément de persévérance sont les points communs de ces artistes auteurs et les seuls indispensables pour devenir mangaka selon eux. Un petit contact ne fait pas de mal non plus, mais chez Glénat la priorité est donnée à la créativité.
 

Pour ce qui est du travail, chacun y va de sa technique. Du tout numérique à l'approche zéro technologie, chacun trouve un équilibre adapté à son univers et à son travail. VanRah affiche un trait déroulé de sa tablette graphique, avec un scénario bien huilé tout droit sorti de sa tête.

Antoine divise son scénario en chapitres d’une vingtaine de pages pour baliser son travail, alternant entre papier pour les scènes introspectives et ordinateur pour les scènes d’action plus rapide. Il les envoie ensuite à l’éditeur et à Vinhnyu qui apprécie ce découpage. Cela lui permet de mettre 4Life en image de manière plus progressive. D'abord dans son carnet de croquis, puis en passant par la numérisation.


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le million d'exemplaires, gniarfffff !

 

Pour Christophe en revanche, c’est papier crayon et surtout un story-board très détaillé. « Comme je prends le temps de mettre en place la taille des cases, le placement des bulles ou même certains visages dès le story-board, les planches finales ont rarement besoin de correction une fois validées. »

Parce que c’est ça aussi le manga à la française, moins de cadres et une plus grande liberté. D’après Antoine Dole, l’absence du système de prépublication présent au Japon permet aux mangakas français d’être moins stricts dans leur production et d’explorer avec plus d’amplitude leurs projets tout au long de leur conception. Mais comment en vient-on au manga ?

Auteur depuis 10 ans, Antoine a refusé de se reposer sur ses lauriers. Des romans qui fonctionnent et BD, Mortelle Adèle, qui bat son plein n’auront pas eu raison de son rêve d’ado, écrire un manga. Alors après qu’on lui a présenté Vinhnyu, ils commencent à travailler ensemble et c’est avec un projet construit et assumé qu'ils envoient le scénario aux éditions Glénat, séduites.
 

Pour Christophe, il a d’abord fallu étudier, mieux comprendre le manga « pour pouvoir ensuite y ajouter ma touche, ma sensibilité française. L’étape de l’écriture est fondamentale pour créer quelque chose de nouveau. » Et pour lui, contrairement aux dessins, tous les échanges se font par email et internet. C’est donc par PDF qu’il envoie ses premières planches, ainsi que la structure de son futur manga : synopsis, présentation des personnages principaux, prévision du nombre de tomes, tout y est. « Ensuite, c’est une relation très humaine qui se construit avec l’éditeur. Le dialogue démarre dès la première rencontre physique. »
 



 

Mais là, tous ne sont pas sur la même longueur d’onde, les trois garçons voient dans ces échanges avec l’éditeur une aide à la construction de leurs univers naissants. Ils recadrent une création complexe peut-être trop chaotique. Alors que VanRah, elle, se passe de cette étape. « J’ai cette chance d’avoir carte blanche pour chacun de mes tomes. Je présente mon synopsis de base à Glénat, s’il est adopté alors je ne les revois que pour leur livrer le tome clé en main. Je pense qu’au fil des livres, mes personnages et moi avons réussi à prouver que nous pouvions progresser en autonomie. »
 

Elle rappelle également qu’elle est l’une des premières à avoir percé dans le manga en temps qu’artiste française. « Sans moi vous ne seriez peut être pas là ! » s’amuse-t-elle. En effet, après avoir publié de nombreuses années en ligne, c’est sous l’impulsion de son lectorat qu’elle envoie ses projets à plusieurs éditeurs en 2008. Ils refusent tous, car à l’époque, en France, la ligne éditoriale manga ne prévoit pas de mangaka français.
 

C’est finalement aux USA, suite à sa participation à un tremplin, qu’elle trouvera la reconnaissance. En un mois, son manga enregistre un million de vues par jour. Elle représente alors son projet faisant foi d’un panel test de lecteurs internationaux. Glénat révise alors son jugement. « Au final, ils ont du racheter une série qu’ils auraient pu avoir dés le départ. »
 

Pour Antoine, l’édition c’est avant tout une « aventure collective avec un éditeur très présent qui permet de faire d’un projet un objet cohérent que nous sommes fiers de porter et de défendre devant un public. » Et à VanRah d’ajouter « On a de la chance avec Glénat, car avant la rentabilité, ils ont une véritable démarche créative. Ils cherchent à comprendre l’univers, ils ont à cœur de défendre les personnages comme ils sont, s’adaptent au cas par cas. Il n’y a pas d’éditeur dominant, nous sommes des collaborateurs plus qu’employés ».


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D’ailleurs, quand la question du statut des auteurs, particulièrement malmené ces derniers temps, fait surface le rôle de l’éditeur est une nouvelle fois mis en avant. « Glénat est un éditeur qui paye correctement ses auteurs, ce qui n’est pas le cas de tous. C’est une question d’honnêteté, de travail et de respect de la part des deux parties » enchaine VanRah.
 

Pour Antoine Dole la question est plus complexe. Il comprend ces jeunes auteurs en colère qui se sentent sacrifiés sur l’hôtel d’une révision du statut. Mais pour lui c’est aux auteurs de faire front et de ne pas travailler avec des éditeurs malhonnêtes. « Sans auteur, pas de livre. Alors à nous de jouer de notre pouvoir de sanction. Nous sommes tous concernés par ce combat, artistes, auteurs, lecteur ou même librairie. Il y a des solutions à trouver et nous les trouverons ensemble. »




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