Doraemon, un manga politiquement subversif pour la Chine

Florent D. - 16.10.2014

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Depuis Socrate, les accusations de corruption de la jeunesse font toujours un peu sourire. Les médias chinois ont repris cette accusation portée désormais contre la série de mangas que réalise Fujiko Fujio, devenue un anime, puis une vaste franchise médiatique. Doraemon, c'est l'histoire d'un chat-robot qui voyage dans le temps, et dont les premières aventures ont débuté en 1969. Autrement dit, la gangrène se propage depuis des décennies...

 

Doraemon

jiunn kang too, CC BY SA 2.0

 

 

Du Daïmon de Socrate, qui l'incitait à titiller ses contemporains, au Doraemon de Fujio, il n'y aurait donc qu'un pas, et la jeunesse chinoise serait sous l'influence de ce personnage, de prime abord, plutôt sympathique. Selon la presse chinoise, Doraemon incarnerait une subversion politique, et, suite à une exposition dans la ville de Chengdu, la presse a hurlé au complot. 

 

« Doraemon est l'un des efforts que fait le Japon pour exporter ses valeurs nationales, et qui s'inscrivent dans sa stratégie culturelle. C'est un fait incontestable. Nous devrions en prendre conscience et nous montrer moins aveugles, tout en gardant la tête froide en embrassant les joues bleues de ce personnage potelé », clame le journal local, Chengdu Daily.

 

L'invasion japonaise de la Chine aurait donc commencé, par un travail de sape des valeurs culturelles chinoises, auxquelles Doraemon substitue celles du Pays du Soleil Levant. Une tentative pour « affaiblir la ferme position du peuple chinois sur les questions historiques », peut-on lire également. Et surtout, une gentillesse du chat, qui masquerait en réalité une sournoise réalité. 

 

C'est que la popularité de la bestiole, véritable symbole de la culture japonaise depuis près de 40 ans, irrite. Et rien de tel qu'une grande campagne de dénigrement pour exacerber le sentiment national paranoïaque vis-à-vis de l'Archipel. Imaginer que ce personnage est un modèle de l'idéologie impérialiste japonaise fait cependant sourire, et pourtant.

 

Doraemon a été choisi comme ambassadeur de la culture manga, et pour les Jeux olympiques de 2020, il aura une belle place. Voilà ce qui met de l'eau dans le gaz pour les médias chinois. Dans le même temps, la mondialisation favorise ces échanges, permettant au soft power de trouver des espaces de diffusion et de communication, pour se propager. 

 

La série a été introduite en Chine en 1991, et bien avant, les déclinaisons marketing avaient commencé : mugs, peluches, produits dérivés divers et variés, on ne compte plus les déclinaisons de Doraemon. 

 

Sur les réseaux, les réactions semblent plus mesurées : les internautes font preuve d'un certain humour, affirmant qu'ils ont trahi le parti communiste, parce qu'ils apprécient la petite créature. D'autres s'interrogent sur le besoin permanent de tout politiser dans le pays. Mais d'autres ont pris des mesures immédiates, en interdisant à leurs enfants de regarder l'anime. 

 

Vendu à plus de 100 millions d'exemplaires, le manga de Fujiko Fujio a dernièrement été racheté par Disney pour une diffusion prochaine en anglais. Si l'exposition servait évidemment de vitrine commerciale pour la marque, la véritable problématique est plutôt à chercher du côté du calendrier politique.

 

Alors que les flux touristiques partant de Chine vers le Japon ont connu une croissance énorme ces derniers mois, les deux pays sont toujours en litige autour des îles Senkaku/Diaoyu. Voilà deux semaines, un bateau chinois a sombré non loin des côtes, les tensions se sont amplifiées, et ce, peu de temps après que Chine et Japon ont repris leurs négociations sur ces affaires maritimes...