Edge of Tomorrow, All You Need is Kill, précis d'adaptation cross-média

La rédaction - 06.05.2014

Manga/BD/comics - Univers Manga - éditions Kaze - Edge of Tomorrow - All You Need is Kill


Le cinéma, la bande dessinée, la littérature, les jeux vidéo, tous ces supports et ces formes d'art, s'ils ont chacun leurs spécificités, se recoupent régulièrement sous forme d'adaptations plus ou moins libres, fidèles, transformées par rapport à leur support d'origine. 

 

 


 

 

À l'occasion des sorties (presque) concomitantes du film Edge of Tomorrow (4 juin), du manga All you need is kill deTakashi Obata (25 juin),et du roman dont le film et le manga sont tirés (All you need is kill / Edge of Tomorrow, d'Hiroshi Sakurazaka – Sortie le 7 mai), nous vous proposons un tour d'horizon non exhaustif du cross média : cinéma, bd, littérature, jeu vidéo : qui adapte quoi, comment, pourquoi ? 

 

De la littérature

 

Bien souvent, c'est ici que cela démarre. Le roman est un socle solide. Pourquoi nous demanderez-vous ? Tout simplement, car la force des mots n'a d'égale que la multitude de possibilités qu'offre l'imagination. Lire un livre, c'est rentrer dans un monde où le mot ne peut être une représentation concrète de ce qu'a pensé l'auteur. C'est donc le lecteur qui applique une image sur ces mots. Pour le cinéma, il en est de même. Le réalisateur et son équipe vont poser des prises de vues filmées sur les mots et dans le même temps donc, proposer leur vision au spectateur. 

 

C'est ainsi qu'est né Edge of Tomorrow. Ce film de science-fiction est une adaptation du light novel (romans pour jeunes au Japon) All You Need is Kill de Hiroshi Sakurazaka (disponible aux éditions Kaze sous le titre Edge of Tomorrow). 

 

L'histoire reprend un principe que l'on avait déjà vu dans Un jour sans fin avec le fantastique Bill Murray ou dans Source Code avec Jake Gyllenhaal : celui de la répétition d'un moment de la vie d'un protagoniste qui se voit conserver ses souvenirs et améliorer son expérience chaque fois qu'il revit le moment. Keiji Kiriya, son protagoniste principal, est un soldat qui, chaque fois qu'il meurt, revient à la vie fort de ses expériences antérieures et cherche à se servir de cet avantage pour vaincre les extraterrestres qui envahissent la Terre. Conserver ses souvenirs et affiner sa stratégie afin de contrer l'invasion et peut-être sortir de la boucle deviendront objectifs ultimes.

 

Pour reprendre un exemple japonais, Edge of Tomorrow a été adapté un peu de la même façon que Battle Royale (un livre adapté au cinéma puis en manga).

 

 


 

 

Dans le cas de Dune, en revanche, si le roman de Frank Herbert est à l'origine de l'univers qui a ensuite été adapté par David Lynch pour le cinéma, l'adaptation en jeu vidéo par Cryo en 1992, se basait très clairement sur le film et non sur le livre.

 

De la bande dessinée

 

Le cinéma et la bande dessinée, c'est un peu une grande histoire d'amour. D'ailleurs, Le Jardinier, l'un des dix premiers films réalisés par les Frères Lumières en 1895, était l'adaptation d'une planche d'Hermann Vogel. 

 

Dans le cas d'All You Need is Kill, le manga, dessiné par Takeshi Obata est inspiré du roman mais n'a aucun lien avec le film. Le manga est cela dit un format particulièrement intéressant à adapter sur grand écran, car il a la particularité d'avoir un découpage similaire aux storyboards de pré-production et présente plus de scènes de dialogues en général que de phases narratives. 

 

Pour revenir sur Edge of Tomorrow/All You Need is Kill, notons qu'il a été fait appel à des poids lourds, à la hauteur de l'enjeu de l'adaptation d'un roman qui a rencontré une large reconnaissance au Japon, aussi bien auprès du public que des professionnels (Seiun Awards - Prix du meilleur roman de science-fiction) : Doug Liman (La mémoire dans la peau, Mr. & Mrs Smith) réalise le film tandis que le manga est l'oeuvre de Takeshi Obata, l'auteur de la série manga culte Death Note et de Bakuman qui nous fait découvrir, entre autre, l'envers du décors de la création d'un manga au Japon. Takeshi Obata utilise sont style reconnaissable pour nous offrir une vision sans concession de cette guerre sans fin. Le désespoir du héros peut se lire dans ses yeux à chaque nouvelle mort.

 

Si Death Note, l'oeuvre la plus célèbre d'Obata, a donné le jour a une adaptation plutôt décevante, d'autres « transferts » sur grand écran ont eu plus de chance : ainsi de Watchmen par Zack Snyder (au grand dam d'Alan Moore qui exècre toutes les adaptations de ses oeuvres au cinéma sans exception), ou récemment de Snowpiercer, inspiré du Transperceneige

 

Les catalogues Marvel et DC Comics quant à eux offrent aux grands studios un réservoir apparemment inépuisable d'adaptations sur-vitaminées. 

 

Du cinéma (ou de la télévision)

 

Parfois le cinéma est à l'initiative. Mais c'est un peu moins courant. Sans doute les studios ont-ils plus d'espoir de dégager une forte marge sur la base d'un livre ayant fait ses preuves qu'un éditeur de livre ne pourra l'espérer dans le sens opposé. Il faut aussi prendre en compte le fait que la production écrite, en terme de nombre d'œuvres, est sans commune mesure avec le nombre de films sortant en salles. Les occasions d'adapter un livre, en conséquence, sont aussi plus nombreuses. 

 

Il existe bien évidemment quelques exemples. Le plus connu est le cas Star Wars. Après avoir initialement déroulé sa saga au cours de trois longs métrages, Georges Lucas a rapidement eu l'idée de développer un merchandising de produits dérivés afin de contenter les fans et de développer l'impact de cette grande série. Tout y est passé et bien entendu, Star Wars a été adapté en romans, en bandes dessinées, en jeux vidéos. Plus que ça, ils sont devenus ce que l'on appelle l'Univers Étendu.

 

 


 

 

 Celui-ci a d'ailleurs fait l'objet d'un petit boum récemment sur le net lorsque Disney (nouveaux propriétaires de Lucasfilms) a annoncé que les trois prochains volets de la saga ne prendraient pas en compte ce fameux Univers Étendu. Un autre exemple notable est celui de Buffy contre les vampires, série fondatrice dans le monde du vampire sympathique et des romances entre humains et vampires. Cette série jouissait à l'époque d'une aura particulièrement forte et a vu naître un grand nombre de romans et de comics. 

 

Du jeu vidéo

 

Ici, on s'attaque à un gros morceau. Le jeu vidéo est devenu un marché d'une telle importance qu'il est adapté à toutes les sauces. Prenons le cas World of Warcraft, certainement le plus connu et l'un des plus fournis en produits dérivés. Romans à foison, des adaptations en bande dessinée aux éditions Soleil... Notez qu'un film est aussi prévu dans les bacs, enfin, il s'agit aussi peut-être d'une chimère vu le nombre d'annonces et de changements à ce sujet. En revanche ça n'a pas été le cas de plusieurs adaptations remarquées, certaines réussies comme Silent Hill, Prince of Persia, Hitman, ou moins marquantes comme Max Payne ou Alone in the Dark

 

Le jeu vidéo est un format qui se prête volontiers à l'adaptation car son côté libre permet d'avoir une rigueur un peu moins sévère et d'imaginer des choses qui peuvent s'écarter de l'oeuvre originale. En revanche, les communautés de fans attendent de pieds fermes ces nouvelles adaptations et malheureusement, la plupart des adaptations restent encore souvent décevantes. 

 

Finalement, à l'instar du colonel Cage, le héros de Edge of Tomorrow,  il faut sans doute souffler un conseil simple à ceux qui se lancent dans la transposition d'un roman à l'écran ou en bande dessinée : du passé ne faites pas table rase, et profitez pleinement de l'expérience passée pour bonifier vos adaptations ! 

 

Plus d'informations sur le livre Edge of Tomorrow

 

Christophe Chevrier

avec la collaboration des éditions Kaze