Élégant et sexy, Enrico Marini revient sur la création de son Batman

Nicolas Gary - 31.05.2019

Manga/BD/comics - Comics - Batman Dargaud - Enrico Marini - adaptation Batman


Créateur de l’affiche qui accompagne les 24es rendez-vous de la BD à Amiens, Enrico Marini, auteur et dessinateur d’origine suisse compte parmi les invités d’honneur de la manifestation. En novembre 2017, il publiait le premier tome de Batman, The Dark Prince Charming suivi d’un tome 2 en mai de l’année suivante. Une reprise mythique.

Les reprises, une question d’auteur ?
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Avec près de 60.000 exemplaires vendus des deux volumes (incluant les éditions gold et christmas), ces aventures du Chevalier noir n’étaient pas qu’un simple pari. « Ce Batman a commencé avec une boutade : j’avais proposé à Yves Schlirf, le patron de Dargaud et de Urban Comics de me laisser faire un Batman. Le fait est que lui l’a pris au sérieux », plaisante l’auteur. 

Dans son enfance italienne, la BD franco-belge n’est apparue que tardivement : « J’ai grandi avec les comics de Spider Man ou Batman, que j’achetais petit. J’avais lu Tintin ou Astérix, mais il a fallu qu’un libraire spécialisé BD s’ouvre dans ma ville pour que je découvre la diversité franco-belge. » Ce fut alors l’époque de Moebius, de Bilal ou de Schuiten. S’emparer de Batman relevait du rêve…
 

Convaincre les Américains... facile (presque)


Une chance : Jim Lee, le grand manitou de DC Comics connaissait son travail. Quand la maison Dargaud propose alors cette collaboration avec l’éditeur américain, Jim Lee, fan de l’Italie accepte. « Moi, j’avais achevé le dernier tome des Aigles de Rome, et je voulais me lancer dans un polar. » Batman tombait alors à pic. Il fallait simplement penser le projet. 


affiche des 24es rendez-vous de la BD d'Amiens

 
Et impliquer Yves Schlirf, son éditeur : « Je collabore depuis des années avec lui, et je suis très bien dans cette relation. Mais mon intérêt pour Batman impliquait que Dargaud soit partie prenante. » D’ailleurs, le personnage lui-même ne devait pas avoir de super pouvoirs : un critère essentiel, travailler sur l’humanité — ou la folie douce.

L’auteur revendique alors les influences de réalisateurs comme De Palma, Scorsese ou Coppola, et savoure encore les Batman de Nolan ou de Tim Burton. « La vraie chance, et ce que me demandaient les Américains, ce fut de pouvoir travailler dans la technique que j’utilise, la couleur directe, pour amener autre chose d’un dessin de comics. » Et sortir également de l’industrie elle-même.


 

Pris entre deux éditeurs, dont l’un, DC Comics, appartient au groupe Warner Bros, le dessinateur reconnaît avoir souffert, de jongler entre l’un et l’autre, parce qu’il « fallait constamment informer deux fois de ce que je faisais ». De longues journées en perspective, avec un décalage horaire constant. « J’ai beaucoup appris, mais on m’a laissé le temps et la liberté de faire ce que je voulais. »
 

Un nouveau super-méchant


Inspiré, DC Comics lui demande même de concevoir un nouveau super vilain, « sauf que j’avais déjà écrit mon scénario. Une chance incroyable m’était proposée, mais je voulais cette dualité entre Batman et le Joker, avec quelque chose de plus intime ». Le Chevalier noir qui tente de sauver une enfant kidnappée par son grand malade d’ennemi n’aurait pas supporté l’ajout d’un criminel en plus. 

« Alors, oui, il y a le nain suicidaire, dépressif, qui sert de faire-valoir au Joker. On peut le voir comme un nouveau super méchant. Il pourrait même devenir important s’il ne se suicide pas », plaisante Marini. Et pas forcément sous sa propre plume : « Toute création appartient à DC : je le savais depuis le début. » Raison aussi pour ne pas forcer l’imaginaire au demeurant.



 
Son Batman — alors que Frank Miller a passablement donné le ton ces dernières années avec un personnage costaud, presque une brute — devait toutefois adopter une position élégante et mystérieuse. Quelque chose de « plus sexy » face au contrepoint exubérant, rock star et diva que peut camper le Joker. « À aucun moment, je n’ai eu peur, parce qu’il y a eu pire et il y a eu mieux », sourit-il. « Au final, j’ai fait ce que je voulais. »

Travailler sur Joker a également eu sa part de plaisir : ce psychopathe dingue et cruel a quelque chose d’attendrissant. « Mais n’oubliez pas qu’il est totalement malade ! Dans tous les sens  !! »

Le défi, deux ans après les premiers pas, est amplement relevé, avec la fierté d’être parvenu « à faire aimer Batman, ici sur le marché franco-belge. Ce n’était pas évident » ! Et d’ouvrir la porte à DC Comics, pour investir progressivement le secteur. Mais l’homme chauve-souris est un ambassadeur des plus séduisants…


Dossier : Les 24es rendez-vous de la BD d'Amiens


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