En quête de sensations plus fortes, Alan Moore arrête le comics

Florent D. - 12.09.2016

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Le géant du comics, Alan Moore, a décidé de se retirer de la vie des bulles. Son projet est de se concentrer sur les films et son travail littéraire. Moore n’est toutefois pas mort, loin de là. 

 

Alan Moore

Alan Moore, en 2009 - Matt Biddulph, CC BY SA 2.0

 

 

La décision est difficile à prendre, pour un artiste, que de mettre un point final à une partie de sa carrière. Mais elle peut s’imposer de fait. « Je pense avoir fait assez pour la bande dessinée. J’ai fait tout ce que je pouvais. Je crois que si je continuais à travailler dans le comics, inévitablement, les idées en auraient souffert, immanquablement, vous auriez commencé à retrouver sur des terrains anciens et connus, et je pense que vous et moi méritons quelque chose de mieux. »

 

Pour sa dernière œuvre, Jerusalem, Moore avait une fois de plus fait parler en décidant d’utiliser la lettre d’un fan de 9 ans, Joshua, en guise de quatrième de couverture. Un extrait reproduit pour donner plus de force au texte – que l’on retrouvera prochainement traduit chez Inculte, par le sieur Claro.

 

Mais c’est avant tout un nouvel élan créatif que Moore cherche à explorer. « Voilà : les choses qui m’intéressent actuellement, sont des œuvres dont j’ignore si je suis en mesure de les réaliser, comme des films – pour lesquels je n’ai pas la moindre idée de ce que je fais – ou des romans littéraires géants. Des choses dont je n’étais pas certain d’avoir l’endurance pour les achever... Je sais que je suis capable de faire ce que les autres font dans le monde du comics. Je n’ai pas besoin de me prouver quoi que ce soit, ni à qui que ce soit. Ainsi, ces autres domaines sont bien plus excitants pour moi. Je continuerai de révérer le comics comme un médium. C’est un merveilleux moyen d’expression. » 

 

Voilà près de deux ans et demi, Alan Moore avait déjà fait part de son intention claire de laisser tomber la vie publique. Se retirer un peu plus dans sa caverne créative, pour n’avoir que cela à l’esprit. Du moins, souhaitait-il limiter ses interventions ou apparitions qui ne seraient pas directement en lien avec des performances créatives. 

 

Dans le comics, le monde a aussi changé, et, au cours de sa carrière, Moore a eu l’occasion de se brouiller avec des éditeurs. On connaît la fameuse altercation entre DC Comics et lui, alors que Moore s’était emparé – magnifiquement – du personnage de Batman. Sauf que des questions de merchandising et de droits se sont interposées, et que l’auteur n’a pas vraiment apprécié la situation. Depuis, il a demandé que son nom soit retiré de toutes les œuvres qu’il n’a pas directement écrites – incluant les dérivés autour de Watchmen ou V pour Vendetta. Lesquels restent propriété de DC Comics.

 

Ce fut la même histoire quand Hollywood a décidé de s’intéresser à des adaptations de ses œuvres. En 2008, il répétait déjà, alors que Watchmen devait sortir sur les écrans : « C’est comme si nous étions des oisillons sortis du nid avec le bec grand ouvert, attendant qu’Hollywood nous nourrisse de vers régurgités. »

 

Et d’ajouter : « Est-ce que le film même sortira ? Il y a ces problèmes légaux qui se posent que je trouve merveilleusement ironiques. Peut-être qu’il a été maudit depuis l’Angleterre. Et je peux vous dire que je vais distiller mon venin dessus dans les mois à venir. »

 

Pour Jerusalem, en tout cas, il a été implacable : aucun film ne verra le jour sans qu’il n’ait son mot à dire. 

 

via Guardian