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Enchères BD : pas assez cher "pour attirer la clientèle de l'ultra-luxe"

Nicolas Gary - 25.05.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - vente aux enchères - Tintin - Hergé


Ce 24 mai se tenait une vente aux enchères à la maison Artcurial, autour de Hergé - une fois n'est pas coutume. Mais celle-ci a manifestement établi un record de ventes de 2,519 millions €, pour une oeuvre estimée entre 700 et 900.000 €. Le collectionneur privé international s'est offert le dessin original des pages de garde bleu foncé d'Hergé.

 

 

 

 

Daté de 1937, cet original à l'encre de Chine a provoqué un engouement monstre et « une guerre d'enchères », dans la salle des ventes autant que par téléphone. Éricic Leroy, expert en bandes dessinées d'Artcurial : « Je pensais que seules les pages de garde pouvaient battre le record de Tintin en Amérique, établi par Artcurial en 2012 pour 1,3 million d'euros frais inclus. Plus qu'un hommage à Hergé, plus qu'une célébration de Tintin, plus qu'un record pour la bande dessinée, le nouveau record du monde affirme la place de la bande dessinée comme un art majeur. C'est une pièce unique qui remporte un succès mérité et qui au fond n'a pas de prix, car elle nous a fait voyager tout au long de notre vie. »

 

Le dessin représente Tintin et son Milou dans 34 situations, chacune d'entre elles étant rattachée à un moment fort d'un album. Les pages de garde sont publiées dans les albums des aventures de Tintin de 1937 à 1958. Détail important et chéri des collectionneurs et amateurs : Hergé a dessiné ces héros au pôle Nord pour un album qui n'a finalement jamais vu le jour.

 

Un dessin à l'encre de Chine pour la couverture de l'album L'Île noire, a été vendu pour 992.700 €, estimé entre 600 et 700.000 € et la mise en couleur pour la couverture du même album, adjugée 99.900 €, (estimation : 70/90.000 €). La fusée de plus de 5m de haut, inspirée de l'album On a marché sur la Lune et réalisée pour l'exposition Universelle de Séville en 1992, s'est envolée à 81.300 € (est. 30 à 50.000 €). Elle était exposée dans la cour d'Artcurial, sur les Champs Elysées, tout au long du mois de mai.

 

Une autre vente autour du 9e Art se poursuivra cet après-midi, dans la salle des ventes. Cette fois, ce sont Hugo Pratt, Enki Bilal ou encore Franquin qui seront à l'honneur. 

 

"Les montants pas encore assez élevés pour attirer la clientèle de l'ultra-luxe"

 

Dans un entretien accordé à l'AFP, Daniel Maghen, galeriste spécialisé BD, qui avait réalisé la première vente chez Christie's, le mois passé, note que le nom et la marque Hergé atteignent une notoriété mondiale. Aucune raison je justifierait que l'on vende plus cher Jeff Koons que le papa de Tintin.

 

« Hergé, c'est un cas à part, c'est vraiment le seul auteur de BD connu dans le monde entier, c'est la tête de gondole. C'est un mythe mondial qu'on a dès l'enfance. Il y a des gens qui ont lu un seul album de BD dans leur vie, et c'est un Tintin. La tendance du marché est là, et elle ne peut que se développer. Un tableau de Basquiat, c'est 20 ou 30 millions d'euros? Pour 30.000 euros, cent fois moins, en BD vous avez une planche de Moebius ou de Bilal qui sont des maîtres internationaux. »

 

Selon lui, le marché de la BD n'en est toutefois qu'à ses premiers pas, et deviendra, comme tous les marchés d'enchères, un futur placement. Avec, oublie-t-il de dire, de la spéculation, et des ventes plus ou moins heureuses... « Le handicap de la BD, c'est que justement les montants ne sont pas encore assez élevés pour attirer la clientèle de l'ultra-luxe. Il y a une catégorie d'acheteurs, il faut que ce soit cher pour que ça les intéresse. Le fait qu'Hergé fasse 2,5 millions, c'est très bien pour tout le monde. La BD est un art, c'est une reconnaissance justifiée et ça peut provoquer l'intérêt de ces gens-là. »