États généraux de la BD : une enquête part à la découverte des auteurs

Nicolas Gary - 15.09.2015

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Lors du lancement en janvier dernier des États généraux de la Bande Dessinée, à Angoulême, l’enthousiasme battait son plein. Et depuis, les organisateurs n’ont pas cessé de mettre la main à la pâte. Ainsi, un questionnaire vient d’être mis en ligne, s’adressant à tous, « auteurs débutants ou confirmés, scénaristes, dessinateurs ou coloristes ». Les réponses sont à fournir avant le 15 novembre prochain. 

 

Benoît Peeters (Angoulême 2015)

Benoît Peeters - ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Au terme de cette enquête, nous explique Benoît Peeters, président des EG, « nous obtiendrons un véritable état des lieux, qui sera complété par une enquête qualitative, menée à travers des entretiens. Notre intention est de savoir, combien nous sommes d’auteurs, comment ce secteur se compose, quels sont les principaux problèmes recensés – ou les non-problèmes ». 

 

Bien entendu, la question s’adresse aux auteurs de la BD, avec un sourire bienvenu : « Nous voulons savoir qui vous êtes, vous la star reconnue mondialement, vous l’inconnu en devenir. Toutes vos pratiques sont évidemment les bienvenues, du dessin au scénario, de la couleur au story-board, du papier au numérique… »

 

Tout est passée en revue, avec un anonymat totalement garanti, assure Benoît Peeters. 

 

Ce questionnaire est ambitieux, et y répondre vous demandera une vingtaine de minutes, mais c’est le seul moyen d’avoir enfin un portrait riche et complexe de votre communauté créative. Votre avenir dépend bien sûr de vos créations, mais aussi de la compréhension que les acteurs économiques, culturels et institutionnels auront de vos pratiques et de vos situations d’aujourd’hui. Vos réponses sont donc extrêmement importantes. Afin que nul n’hésite à donner une description parfaitement honnête de sa situation, nous avons donc opté pour un formulaire de réponse totalement anonyme.

 

Et Benoît Peeters de préciser : « Nous avons besoin de plusieurs centaines de répondants, pour disposer d’un échantillon représentatif et crédible. Nous sommes d’ailleurs curieux des résultats qui sortiront de cette première phase : ils détermineront ce que peut être la frontière entre amateur et professionnel, différemment de ce que l’on pense. Comment définir le seuil de professionnalisme, ce n’est pas une évidence : cela dépend-il du temps consacré à la bande dessinée, ou de la part qu’elle représente dans les revenus ? »

 

Une curiosité partagée, certainement lors de la manifestation d’Angoulême, l’an prochain.

 

L’enquête n’intervient pas non plus dans une période banale, tant il est vrai que, la semaine passée, une partie du secteur de l’édition a pu se sentir dépossédée de son identité. Avec la publication du manifeste de Richard Malka, La gratuité, c’est le vol, initié par le Syndicat national de l’édition, les auteurs n’ont pas manqué de réagir. Et beaucoup, sensibilisés aux questions sociales et avec une certaine lucidité, ont perçu cette parution comme une confiscation de la notion même de droit d’auteur. 

 

D’autant plus que la campagne menée par le SNE – qui fait depuis un flop social complet – a pris de court les organisations officielles d’auteurs, qui n’ont pas été consultées. « Il y a bien sûr de nombreux intérêts communs entre auteurs et éditeurs, et donc de nombreux points de solidarité possibles », explique Benoît Peeters. « Mais tel qu’il est rédigé, le manifeste représente les intérêts des éditeurs, beaucoup plus que ceux des auteurs ; il aurait mieux valu le dire plus clairement et ne pas s’abriter derrière les auteurs comme derrière un bouclier. »

 

Bien entendu, mais le document de Richard Malka, par-delà ses provocations et contre-vérités, fait également allusion à des éléments qui ont été modifiés depuis la remise du rapport de Julia Reda – l’ennemie publique numéro 1 de l’édition. Et tout cela mis bout à bout, reste un peu bizarre. 

 

Le questionnaire de l’enquête, à retrouver à cette adresse, permettra aux auteurs de reprendre la main sur leur propre situation.