Entre numérique et papier, les librairies web oubliées des 48h BD

Nicolas Gary - 06.04.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - 48h BD - librairie sur internet - opération


Ils étaient huit éditeurs BD à prendre part à cette première opération, d'offrir durant 48 heures 100.000 exemplaires de BD dans les librairies. Bamboo, Casterman, Dargaud, Dupuis, Fluide Glacial, Grand Angle, Jungle et Le Lombard avaient affûté les armes et garanti une diversité de l'offre, pour attirer les clients. 

 

 


 

 

En tout, huit titres, avec 12.500 exemplaires de chaque, répartis dans les 1000 points de vente participants. Le tout était encadré par des animations et des rencontres en librairies. Pourtant, avant de faire un point global sur l'opération, ce samedi matin, les mécontents sont légion. Vraiment légion. 

 

Sur l'ensemble des participants, le communiqué balayait largement les acteurs susceptibles de proposer cette offre de BD gratuite, comme « Espaces Culturels Leclerc, Virgin, Cultura, Fnac, Chapitre... mais également un grand nombre de librairies indépendantes ». Évidemment, l'objectif premier est de créer du flux en librairie et d'inciter les clients à se rendre dans les boutiques pour retirer leur BD gratuite - et éventuellement, se laisser tenter par un petit achat supplémentaire.

 

Le « destructeur final », c'est ainsi que l'on désigne un lecteur, dans le vocabulaire marketing, une fois arrivé en librairie, ne pouvait que se laisser tenter. 

 

D'autant plus que les digital adopters étaient aussi comblés : l'offre de gratuité était disponible en numérique, et au travers de plusieurs plateformes. Une grande partie des ebookstores pouvait donc offrir à ses clients de lire en streaming un ou plusieurs titres numériques.  On ne permet pas le téléchargement, faut pas non plus délirer.

 

Pourtant, on compte plusieurs grands absents, qui dévoilent autant les politiques déployées par les éditeurs à l'origine de l'opération que les tensions actuelles du monde du livre. En effet, d'abord, les grandes surfaces ne comptent pas parmi les acteurs de l'opération 48h BD. On peut le comprendre aisément : il n'y a que 100.000 titres gratuits à mettre en jeu, s'il faut inclure les grandes surfaces, le nombre de titres imprimés pour l'occasion aurait probablement dû être plus que doublé. Soit.

 

Internet ? Y'a pas de librairie sur internet !

 

Mais chez les boutiques en ligne, les weblibrairies, qui a pris part à l'opération ? Personne, effectivement. Ainsi, on retrouve bien dans l'offre dans les boutiques de Fnac, mais pas chez Fnac.com. Idem pour un Chapitre.com qui ouvre pourtant ses boutiques, etc. Un responsable de weblibrairie explique à ActuaLitté : « On ne nous l'a même pas proposé en version numérique, ce qui nous aurait permis de participer, même indirectement. » 

 

Car la logique est bien là : promouvoir les libraires et créer du flux, s'ouvrir avec une offre numérique, mais pour les vendeurs qui dématérialisent l'acte d'achat et proposent pourtant des ouvrages papier, rien à faire. « Ce n'est pas une opération propice aux boutiques en ligne, puisqu'il y a les frais de port dans tous les cas. On aurait pu les facturer aux clients pour avoir une opération blanche, mais ça fausse l'esprit de ces 48h BD. » 

 

Ainsi, certains ont tout de même décidé de mettre en place un contournement : on retrouve chez Fnac.com une opération, qui est montée via une application Facebook, qui va proposer de s'inscrire pour prendre part... à un tirage au sort. Complètement en dehors de l'esprit de cette opération, et probablement assez indélicat avec la législation Lang... 

  

 

 

 

L'articulation de cette opération montre en tout cas que la tension vient bien des librairies en ligne, évincée des 48h BD, ou du moins, pas du tout prises en compte. La stratégie qui consiste à faire venir le public en librairie est évidemment dans l'air du temps, c'est une question politique, et de politique du livre, en cette époque où la librairie a besoin de soutien. De même, favoriser le format numérique est une évidente bonne idée, pour commencer à préparer l'avenir, dans l'hypothèse où le format deviendrait plus populaire. 

 

Mais qui dit vente de livres en ligne, pense souvent à cet acteur américain dont on n'ose presque plus prononcer le nom, qui ressemble à ce long fleuve d'Amérique du Sud. Certes, 48h BD n'était pas propice aux weblibraires, mais les laisser sur le côté du chemin n'est pas non plus la meilleure des approches...