Exporter les classiques de la littérature chinoise, en bande dessinée

Antoine Oury - 23.03.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Editions Fei - Les Trois Royaumes - Lian huan hua


Les Trois Royaumes de la Chine ancestrale étaient vastes. Le livre qui les raconte aussi : Les Trois Royaumes, un des classiques de la littérature chinoise, en a rebuté plus d'un avec ces noms de guerriers par centaines et son épaisseur proportionnelle à la Grande Muraille. Les Éditions Fei se sont lancées dans une vaste entreprise de traduction et d'adaptation, en choisissant un format un peu particulier.

 


Salon du Livre 2014

Nicolas Henry et Si Mo, traducteurs des Trois Royaumes (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Cette édition des Trois Royaumes est au format bande dessinée, mais adopte une forme que les Occidentaux connaissent peu : celle des lian huan hua, de petits cahiers où chaque page présente une image, accompagnée d'un petit texte. Un format prisé en Chine, relativement peu onéreux et très accessible.

 

Rester dans une certaine tradition, donc, tout en proposant une oeuvre adaptée pour un public étranger : « Quand on évoque Les Trois Royaumes, on fait peur, car il s'agit de l'histoire de la Chine. Pourtant, ces récits ne sont pas si différents de nos héros grecs, c'est une littérature guerrière qui recèle de sous-textes », explique Nicolas Henry, un des traducteurs, qui n'hésite pas à comparer le tout à House of Cards ou Game of Thrones.

 

 

Salon du Livre 2014

Les Trois Royaumes, version chinoise et lian huan hua (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les Trois Royaumes présente le combat de trois grandes dynasties pour gouverner et unir la Chine, selon trois façons de gouverner sensiblement différentes. Politique, stratégie, tradition, et surtout, « façon de penser au sein de la société chinoise ». Les deux traducteurs ont passé 6 mois au sein des Trois Royaumes, et ont rencontré quelques embûches : « Il existe beaucoup de caractères chinois pour un même son », souligne ainsi Si Mo, « et, lorsque l'on traduit, certains personnages se retrouvent avec un nom similaire, ce qui nuit particulièrement à la compréhension ».

 

Pour pallier à ces problèmes de langues, les traducteurs ont utilisé quelques petits trucs : préférer un qualificatif pour désigner un guerrier (« le balafré », « le borgne »...) ou accoler les noms de lieux lorsqu'ils sont semblables à ceux des guerriers. 

 

Si la version chinoise comporte 60 tomes de lian huan hua, la maison d'édition a préféré proposer une version réduite, de 30 tomes, aux lecteurs français. Le tout est présenté dans un beau coffret, pour le plus bel effet. Xu Ge Fei, créatrice de la maison d'édition en 2009, espère que les publications des classiques de la littérature chinoise en français, avec illustrations d'auteurs chinois, va contribuer à changer le regard sur le pays.

 

 

Xu Ge Fei - Salon du Livre 2014

Xu Ge Fei, fondatrice des éditions Fei (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

« Par rapport à la Chine, il y a souvent deux sentiments : la fascination, et la peur. On a souvent peur de ce qu'on ne connaît pas, et j'espère que les classiques permettront de mieux connaître ces 20 % de la population mondiale», explique-t-elle. L'éditrice a profité du Salon du Livre pour signer avec Monsieur Shi, de Century Publishing Group, un contrat pour une traduction du Rêve dans le pavillon rouge, de Cao Xueqin. Un des quatre grands romans de la littérature chinoise, avec Les Trois RoyaumesAu bord de l'eau et Le Voyage en Occident.