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Exposition : les traducteurs de mangas racontent leur métier

Antoine Oury - 31.01.2018

Manga/BD/comics - Univers Manga - manga traduction - manga FIBD 2018 - traduction Honishi


Riche idée pour cette édition 2018 : le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême a décidé d'accorder une place plus importante au manga, aujourd'hui une des formes de bande dessinée les plus lues au monde. À la Cité de la Bande dessinée d'Angoulême, une exposition permettait de découvrir la traduction de manga, expliquée par ceux qui la pratiquent, les traducteurs.


One Punch Man, de One/Yusuke Murata
One Punch Man, de One/Yusuke Murata, en exposition au FIBD 2018
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Si le manga est devenu l'un des types de bandes dessinées parmi les plus lus en France, sa traduction reste une étape cruciale pour s'assurer de la compréhension des textes et de l'appréhension des ambiances par les lecteurs francophones. « Lorsqu'on m'a offert de travailler sur Golden Kamui, j'ai été tiraillé entre l'enthousiasme du lecteur et le pressentiment que la tâche serait complexe : aux difficultés classiques inhérentes à la densité du texte s'ajoutaient des problèmes spécifiques : transcription de la langue aïnou, termes militaires ou botaniques sans équivalents, transposition de l'arrière-plan culturel », explique ainsi Sébastien Ludmann à propos de la traduction de Golden Kamui de Satoru Noda.

 

Ludmann s'en est sorti avec les honneurs : sa traduction de Golden Kamui a été couronnée par le premier Prix Konishi pour la traduction du manga japonais en français, une récompense portée par la Fondation Konishi pour les Échanges Internationaux.

Golden Kamui, de Satoru Noda - Expo FIBD manga

Golden Kamui, de Satoru Noda (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

 

Pour parvenir à traduire l'aïnou, la langue d'une population aborigène vivant sur des territoires au Nord du Japon et à l'Est de la Russie, Ludmann a travaillé avec les éditeurs japonais et français, apprenant au passage « une langue nouvelle »... Et lui permettant d'effectuer deux voyages dans les montagnes enneigées d'Hokkaido : « Merci, Golden Kamui ! », exulte le traducteur.

 

Évidemment, traduire la langue japonaise, comme d'autres, comporte son lot de difficultés lorsque se pose la question des jeux de mots et traits d'humour, bien différents d'un pays à l'autre. Frédéric Malet, qui a travaillé sur One-Punch Man, de One, évoque ainsi « la principale difficulté [qui] consiste à retranscrire l'humour présent dans les innombrables jeux de mots et dans le parler des personnages ».

Traduction de mangas - FIBD 2018

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

 

Si ce n'est l'humour, c'est l'énergie et le ton des voix qu'il convient de restituer, dans des mangas où le dynamisme prime. Pour Born to Be on Air !, la traductrice Anaïs Koechlin se surprenait « à répéter les répliques [de Minare, l'héroïne] pour trouver le ton juste, même lorsque je n'étais plus devant mon ordinateur. Le texte de Samura est à l'image de son dessin, nerveux, dense, orchestral. »

 

Des heures de travail et de recherche sont souvent nécessaires pour rendre avec justesse un trait particulier de la culture japonaise. Pour Samson Sylvain, traduire Le club des divorcés de Kazuo Kamimura, qui se déroule dans un « club » japonais, « était [...] une expérience incroyablement enrichissante, tout autant qu'un véritable challenge, que de naviguer entre ces niveaux de langue, entre distance marquée et familiarité, messages dissimulés et déclarations éméchées. Travailler cette langue, qui se délie sous les effets de l’alcool, c’est aussi traverser les arcanes de la société japonaise, et tenter d'en décrypter les règles qui régissent les rapports entre hommes et femmes. »

 

Grâce au manga, le Festival d'Angoulême
annonce une fréquentation en hausse

 

Parfois, la tentative de surpasser un tabou commun aux deux sociétés est un bon moyen de porter la collaboration des traducteurs à un autre niveau : pour Perfect World, de Rie Aruga, Chiharu Chujo et Nathalie Bougon ont travaillé de concert sur ce récit qui place le handicap au premier plan.

« Le travail de traduction me procure une envie de recherche constante de ce que l'on pourrait interpréter du point de vue du lecteur. Ce n'est pas une tâche aisée du fait de la différence linguistique et culturelle entre nos deux pays, dont diffère la sphère sociale. Mais ma collaboration avec Nathalie m'a permis d'exprimer ce ressenti, ce que l'on pourrait caractériser par une forme de non-dit, de tabou, vis-à-vis du handicap. »
 

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