Angoulême : le festival de la BD devenu "un peu lisse. Il lui manque ses racines"

Nicolas Gary - 13.07.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Festival BD Angoulême - bande dessinée manifestation - cahier charge transparence


On leur a reproché d’avoir pris le nom, particulièrement connoté, depuis Stephen Hessel, d’Indignés. « Nous l’avons fait avec un peu de provocation, et de l’humour, surtout », répond Yves Poinot, ancien du Festival de la BD d’Angoulême, président jusqu’en 2005 du FIBD, et devenu porte-parole du mouvement. Les revendications de ce collectif citoyen, elles, n’ont rien de léger, vis-à-vis de l’Association.

 

Angoulême 2012

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

« Notre problème n’est pas axé sur 9e Art +. Ce que l’on souhaite, c’est que l’association, qui est propriétaire du festival, ne retombe pas dans les travers de 2007/2017, où l’on a assisté à la signature d’un contrat pour dix ans. Et il n’est pas admissible non plus que ce soit le prestataire de l’association, alors réduite à signer des documents, qui rédige son propre contrat. » 

 

Le message est simple, clair : après la lettre ouverte adressée à Patrick Ausou, actuel président de l’association, les Indignés de la BD d’Angoulême entendent bien donner un peu plus de voix encore. « Que l’association établisse un cahier des charges, auquel se conformera le prestataire. Et si 9e Art + souhaite faire acte de candidature dans ces conditions, alors parfait ! »

 

C’est que, depuis les premiers temps de la manifestation, « le public a évolué, la BD aussi. Moi, je me suis occupé du Festival durant 30 ans. Alors bien entendu, les limites de la structure associative existent, et, si nous les avons atteints, il faut le dire. Mais si l’unique motivation du FIBD est aujourd’hui de signer un contrat avec son prestataire, alors on considère qu’ils ont perdu ce pour quoi ils avaient été créés ».

 

L’enjeu, ce sont les financements publics, bien entendu, pour 2 millions € venant des collectivités, et qui représenteraient la moitié du coût du festival. « C’est rageant, tout de même, d’assister à cela : je fais partie d’une génération à qui l’on disait que lire de la BD, ce n’était pas bien, parce qu’il n’y avait pas de dimension culturelle. À l’époque, nous voulions développer et défendre ce média, tout en mettant en avant ses auteurs. Avant Angoulême, nulle part en France la BD ne disposait de festival dédié. »

 

Retrouver et renouer avec un certain esprit

 

Et aujourd’hui, on trouverait certainement un côté « un peu lisse, à ce qu’est devenu le festival. Il lui manque ses racines », note Yves Poinot. « Surtout quand on met en perspective le passage en force de mars dernier, où 9e Art + a tout de même fait preuve d’un comportement plutôt déraisonnable, en déposant des marques, liées au FIBD, ou en réclamant 50 % du festival. »

 

Bien entendu, la manifestation a évolué, et doit encore se montrer à la hauteur des attentes du public, notamment en se tournant réellement vers les nouvelles technologies. Cependant « d’ici à janvier 2018, nous avons le temps de choisir de nouvelles orientations – d’autant que les collectivités ont reconnu les faiblesses actuelles de l’association. Depuis plusieurs années, on se demande à quoi elle sert d’autre que couper le ruban inaugural ».

 

Au cœur d’Angoulême, le FIBD incarne plus qu’une part de la vie de la cité : « Si l’association manque d’idée, elle doit savoir que de bonnes volontés sont là pour l’aider, et que l’on est prêt à réunir les esprits pour réfléchir ensemble. On ne peut pas dissocier le côté artistique et passionnel des gens qui ont vu le festival changer, et, aujourd’hui, aimeraient y retrouver une dimension forte. »

 

Cette réaction citoyenne « n’est autre que l’expression de ce que plusieurs ressentent depuis bien des années. Nous, ici, sommes avant tout des passionnés de BD, et des Angoumoisins ensuite. Et nous voulons défendre la qualité de ce qui se passe durant cette manifestation ».