Situation retournée au Festival d'Angoulême : 10 ans de solitude

Nicolas Gary - 21.07.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - FIBD Angoulême - Association 9e Art + - Lucky Luke


L’avenir du Festival de la Bande dessinée d’Angoulême semble donc scellé pour 10 années supplémentaire à la société 9e Art +. Le président de l’association, Patrick Ausou, et son conseil d’administration ont entériné un projet « voté démocratiquement », qui aboutit à un accord, affichant « une volonté commune de réussite ». 

 

Exposition Jack Kirby Angoulême

Jack Kirby - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

On se demande déjà si l’accord ne découle pas de ce que la convention entre les deux parties n’a pas pu être dénoncée, pour « un problème de forme ». Selon le communiqué de l’Association du FIBD : 

 

Des courriers ont été envoyés par l’Association à 9eArt+ pour dénoncer la clause de tacite reconduction de l’accord existant entre l’Association et 9eArt+ et prolonger des négociations bilatérales. 9eArt+ a écrit à son tour à l’Association pour émettre des doutes sur la validité du premier de ces courriers. Elle l’a fait en précisant qu’elle reste ouverte à la refondation d’un nouvel accord de partenariat entre les deux entités.

 

Or, du fait que la dénonciation n’a pas pu intervenir, une clause de reconduction tacite intervient, et donc, sur le papier, remettrait le FIBD dans les mains de 9e Art + pour une période de dix années. Auxquelles s’ajouteront donc les deux prochaines années, puisque l’accord originel devait prendre fin en 2017.

 

Les deux acteurs se défendent de toute prise de contrôle et assurent qu’un nouvel accord est « en cours de finalisation ». Sauf que cet accord ne semble pas vraiment prendre la direction d’un cahier des charges avec appel d’offres, auquel pourraient prendre part différents opérateurs. Une absence de mise en concurrence caractérisée, qui se confirmerait par la concrétisation d’un accord entre les deux parties. 

 

Sur le fond, d’ailleurs, la dénonciation n’aurait pas pu se faire parce que le courrier préparé par l’Association n’avait « aucune portée juridique », ainsi que l’aurait expliqué Franck Bondoux, patron de 9e Art + à Patrick Ausou. (via Charente libre) Parce qu'aucun avocat n'avait relu ledit document ? Pas tout à fait.

 

Avenant, contrat et poignée de main

 

Contactée par ActuaLitté, l’Association tient à corriger le tir : « La dénonciation du contrat n’est pas le sujet. En mars, nous avions donné mandat à Patrick Ausou pour qu’il poursuive un protocole d’accord avec 9E Art +. Il y avait des choses à améliorer, amender certains points. Il a suivi cette logique d’échange, car il est normal que le contrat évolue. D’ailleurs il aurait plutôt fallu un avenant plutôt qu’un nouveau contrat. Mais avenant ou contrat, dans la philosophie où nous nous trouvons, c’est la même chose. »

 

Et de revendiquer non seulement l’autonomie de son fonctionnement, tout en réaffirmant que l’association « prend ses responsabilités, vis-à-vis de ses membres. Évidemment, nous sommes concernés par la puissance publique, qui nous apporte un financement, de même que nous apportons en rayonnement médiatique. De ce point de vue, le partenariat est assez équilibré. »

 

Reste à attendre la réaction des pouvoirs publics, et notamment de la mairie d’Angoulême. Xavier Bonnefont, UMP, avait en effet estimé que « [l]a décision de dénoncer l'actuel contrat me semble salutaire pour ne pas dire incontournable ». Pas pour tout le monde...

 

Nous sommes respectueux des finances publiques, rétorque l’Association. L’événement est organisé à la hauteur de l’argent qui nous est confié. Nous n’avons pas la science infuse, et travaillons en très bonne collaboration avec les éditeurs. Les financements publics qui nous sont confiés sont la preuve que nous avons des capacités, et que l’on nous fait confiance en regard de ce que nous avons déjà réalisé. Association du FIBD

 

Ces financements publics sont souvent mis en avant, dans les récriminations portées  : les Indignés d’Angoulême en appelaient ainsi à ce qu’un cahier des charges soit présenté par l’Association. Aujourd’hui, ils déplorent que « le Président de l’Association et son Conseil d’Administration ne souhaitent pas assumer la responsabilité qui est la leur, et refusent d’envisager l’avenir du festival autrement que sous la pression du prestataire actuel, 9e Art+ ». 

 

Là encore, l’Association conteste : d’abord, s’indigner, c’est bien beau, sauf que l’on ne bâtit pas un festival sur l’indignation. Cela tombe bien : « Si l’association manque d’idée, elle doit savoir que de bonnes volontés sont là pour l’aider, et que l’on est prêt à réunir les esprits pour réfléchir ensemble », nous précisaient les indignés la semaine passée.

 

Marche des auteurs à Angoulême

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

"Nous ne sommes absolument pas en guerre"

 

« Nous sommes respectueux des finances publiques » rétorque l’Association, « L’événement est organisé à la hauteur de l’argent qui nous est confié. Nous n’avons pas la science infuse, et travaillons en très bonne collaboration avec les éditeurs. Les financements publics qui nous sont confiés sont la preuve que nous avons des capacités, et que l’on nous fait confiance en regard de ce que nous avons déjà réalisé. »

 

Toutefois, si « sur le papier, c’est reparti pour 10 ans, en réalité, ce sera très différent. Durant les prochains temps, nous continuerons les consultations et les réunions. Nous avons choisi de faire passer l’été pour laisser la place à la réflexion ». À la rentrée, nous devrions donc assister à la mise en place du projet, et parallèlement, l’Association et 9e Art + avanceront sur la concrétisation de ce nouvel accord/avenant/contrat, rayer la mention inutile, vers l’automne. « Le planning n’est pas définitif, mais tout sera formalisé après le Festival de 2016. Si nous n’avions pas été empêchés d’avancer sur le sujet, tout aurait pu être réalisé fin juin. »

 

Et d’ajouter : « Nous ne sommes absolument pas en guerre : ce qu’il faut, c’est retrouver de la sérénité sur ce dossier. Le contrat n’est pas dénoncé au sens juridique du terme, parce que le processus de négociation en cours avec notre partenaire est maintenu. Il ne faut pas que le juridique interfère sur la bonne marche de la négociation parce que nous sommes déjà dans ce processus. Je ne vois d’ailleurs pas en quoi cet aspect contrat serait un élément invalidant : dans certains marchés, on n’a pas besoin d’écrire un contrat, une poignée de main suffit. »

 

A l'occasion des 70 ans de Lucky Luke, qui seront célébrés lors de l’édition 2016 dans une grande exposition qui se tiendra au Musée de la BD, il faudra tirer bien plus vite encore que son ombre. Certains y verraient une autre forme de main mise de 9e Art +, attendu que l’exposition serait le choix de la société et non de la Cité. Il est vrai que, pour mythique que soit le cowboy solitaire, il détonne un peu en regard des différentes expositions passées.

 

En hiver – et donc pendant le festival –, la Cité apportait sa note particulière, avec des expositions haut de gamme et exigeantes ou originales (cent pour cent, Une autre histoire, Nocturnes...), tandis que ses expositions en période estivale se tournaient plus vers une dimension grand public, sans se départir de son exigence.


Pour approfondir

Editeur : Lucky Comics
Genre : bandes dessinees...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782884713580

Les nouvelles aventures de Lucky Luke t.6 ; les tontons Dalton

de Gerra, Laurent; Pessis, Jacques; Achde

Nos Daltons préférés végètent en prison quand la main du destin vient frapper d'un grand coup à leur porte ! Les redoutables desperados apprennent qu'ils sont tontons d'un petit garçon dont ils doivent momentanément assurer l'éducation. Dieu merci ! Lucky Luke est chargé de surveiller les Daltons et l'insupportable bambin qui ne pense qu'à manger. Mais les habitants de Rupin City ne voient pas d'un très bon oeil l'arrivée de tous ces Dalton dans leur paisible bourgade.

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