FIBD : SodaStream, partenaire trop particulier pour les auteurs de BD

Nicolas Gary - 26.01.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - FIBD Angoulême - SodaStream Israël - sponsor Palestine


Depuis l'an passé, le partenariat dénoncé entre le Festival de la BD d'Angoulême, et la société israélienne SodaStream, s'était simplement endormi. Mais à l'approche de la prochaine édition, du 30 janvier au 1er février, les tensions reviennent. Près de 80 artistes avaient signé, la semaine passée, une lettre adressée aux organisateurs, pour leur demander de rompre l'accord passé avec la firme.

 

Festival de la BD d'Angoulême 2014

ActuaLitté, CC BY SA 2.0 

 

 

L'année passée, la société produisant des boissons pétillantes s'était retrouvée invitée d'honneur du FIBD : en qualité de sponsor, sa présence avait été décriée. Une usine située dans la zone industrielle de Mishor Adumim posait un problème tout particulier. Il s'agirait d'un territoire occupé abusivement par Israël, et donc par la société SodaStream. 

 

Tardi lui-même avait fait part de sa colère : « Si j'avais su au départ que le festival était financé par cette marque, jamais je n'aurais donné mon accord pour que mes planches soient accrochées à Angoulême. Je me serais abstenu. » Une mauvaise publicité pour le FIBD, alors que la Cité de la BD hébergeait une exposition entièrement consacrée au dessinateur. 

 

Avec lui, de nombreux auteurs avaient déjà appelé au boycott] citons pour exemple, Baudoin, Sacco, Siné. Or, un an plus tard, le problème revient sur le devant de la scène internationale. Et l'on retrouve plusieurs grands noms de la bande dessinée, en France, Belgique ou Suisse, mais également au-delà des frontières de l'Europe.

 

Lewis Trondheim, José Munoz, Peter Blegvad, Sylvain-Moizie, comptent parmi les grands prix d'Angoulême à avoir signé le courrier, adressé directement à Franck Bondoux, directeur du FIBD. On compte aussi Anaële Hermans, auteur belge, Magdy El Shafee, Égypte, Alex Baladi, Suisse, et Leila Abdul Razaq, américaine.

 

En tout, 80 auteurs protestent, et s'agacent de voir que le FIBD a renouvelé ce partenariat tant décrié. Franck Bondoux, l'an passé, avait répondu au Monde sur ce sujet :

Concernant SodaStream, je ne vois pas en quoi cette entreprise est honteuse. Elle est implantée dans une colonie ancienne, en zone C, qui est née des accords d'Oslo entre Israël et l'OLP. Rien n'interdit à une entreprise de s'installer là dans l'attente d'un accord entre les deux parties, quand bien même celui-ci tarde particulièrement. SodaStream crée plutôt des passerelles. Elle emploie 500 travailleurs palestiniens qui travaillent dans de bonnes conditions. Cette entreprise n'a jamais été condamnée en France. Parler de « crime » à son encontre, comme le font ces auteurs, est une prise de position partisane. La rejeter reviendrait à la condamner : ce serait une injustice à l'envers. 

Et nul doute que, cette année, le discours sera certainement le même. « Nous demandons instamment au Festival d'Angoulême, et tous les festivals, conventions et célébration de la bande dessinée, et de l'art de la caricature auxquelles nous participons de rejeter tout partenariat, financement, ou coopération avec une société israélienne, ou une institution qui ne favorise pas explicitement la liberté et la justice pour les Palestiniens, ainsi que l'égalité des droits et l'égalité entre juifs israéliens et Palestiniens », écrivent les signataires.

 

Et de refuser que l'art soit utilisé pour « blanchir les crimes » dont la société est indirectement rendue coupable. « Angoulême, centre privilégié pour la bande dessinée à l'internationale, ne devrait pas être utilisé de cette manière », poursuivent les auteurs BD. 

 

L'an passé, SodaStream avait annoncé qu'elle déménagerait son usine, mais, selon les signataires, ce déplacement se ferait dans le sud d'Israël. Toutefois, « d'autres entreprises et institutions israéliennes font partie d'un système fondé sur le nettoyage ethnique de masse de la communauté palestinienne, et sont motivées par le racisme et la discrimination ». (via Alternative News)

 

Message on ne peut plus clair.