Florence Cestac, Pauline Perrolet et Vincent Bernière balancent leurs héros

Laure Besnier - 18.03.2018

Manga/BD/comics - Univers BD - Florence Cestac Bande dessinée - Pauline Perrolet auteure dessinatrice scénariste - Cahiers BD Vincent Bernière


Parler des stéréotypes dans la bande dessinée sans parler de ceux qui règnent dans le milieu éditorial, la presse spécialisée ou encore dans les prix littéraires, ce n'est pas en parler. Les auteures Florence Cestac, Pauline Perrolet et le journaliste Vincent Bernière peignent le portrait d'un milieu qui évolue trop lentement

 
ActuaLitté, CC BY-SA 2.0


« On m'a dit que je n'avais pas un dessin féminin » raconte Florence Cestac. Sur la scène BD au Salon du Livre de Paris, la franchise de la dessinatrice – qui fut récompensée, en 2001, du Grand Prix d'Angoulême – (Fille des Oiseaux, Dargaud) et celle de Pauline Perrolet (Noctambule  – De l'autre côté du bar, Delcourt) plaisent. Pour la caution d'expert, le journaliste Vincent Bernière, rédacteur en chef des Cahiers de la BD

« On veut pouvoir dessiner des vrais personnages, des femmes fortes, faire une vraie histoire et non pas faire plaisir aux fantasmes masculins » explique Pauline Perrolet – co-auteure de Le sexe fort est en péril – en référence aux nombreux clichés véhiculés par les dessins. Et ces derniers sont nombreux : depuis les femmes aux hanches larges et aux poitrines fortes jusqu'aux femmes muettes et « nunuches » à l'image de Bécassine, dessinée sans bouche. 

« Tous mes personnages ont des gros nez » complète, avec humour, Florence Cestac. Ce qui lui a notamment été reproché lorsqu'elle dessinait pour Le Journal de Mickey. Elle avait pu continuer à agrandir les fameux apprendices parce que cela plaisait aux enfants. En effet, les deux dessinatrices entendent représenter la réalité des femmes, les dessiner « moches » ou à faire vieillir leurs personnages.

Mais certains clichés ont la vie dure, Vincent Bernière parle de l'expression de « la femme dans le réfrigérateur », c'est-à-dire une femme qui sert à l'intrigue, seulement pas pour elle-même : elle n'est pas partie prenante de l'action. Pour discerner si une bande dessinée est sexiste, le journaliste parle du test de Bechdel (créé par l'auteure Alison Bechdel) dans lequel il faut répondre à trois questions : « Y a-t-il au moins deux personnages féminins portant des noms ? Ces deux femmes se parlent-elles ? Leur conversation porte-t-elle sur un sujet autre qu'un personnage masculin ? » 

Alors comment assumer ses dessins dans un monde bien contrôlé par les éditeurs et la presse ? « On ne peut pas aller contre sa nature, il faut insister et tracer son chemin, même quand c'est difficile » répond Florence Cestac, qui dessine depuis plus de 40 ans. À entendre Pauline Perrolet, c'est un peu plus compliqué, notamment lorsqu'on dessine pour la presse féminine.

C'est d'ailleurs l'un des points sur lesquels souhaitent revenir les deux auteures. « Il faut que la presse féminine nous aide, qu'elle ne soit pas réfractaire à nos dessins. Aidez-nous ! » tonitrue Florence Cestac. 

En ce qui concerne la question de la censure, les deux dessinatrices assurent ne pas en ressentir les effets avec leur maison d'édition actuelle, bien que Pauline Perrolet précise, sans donner de nom, qu'avec certaines de ses anciennes maisons, ça n'a pas toujours été le cas. 

Vincent Bernière, qui prévoit d'axer le dossier du numéro 2 des Cahiers de la BD sur le thème : « Les femmes sont-elles l'avenir de la bande dessinée ? » assure que la profession se féminise. S'il y a de plus en plus de lectrices, le journaliste précise que, d'après une étude du Syndicat National de l'Edition (SNE), les femmes achètent beaucoup d'ouvrages de bande dessinée, oui, mais souvent pour l'offrir à leurs conjoints ou enfants. 

Le journaliste rappelle également l'action du collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme (BD égalité) où des autrices témoignent des injustices qu'elles subissent comme les inégalités de salaire. Pauline Perrolet espère que les choses vont changer, que « ça va aller dans le bon sens, que l'on en parlera plus car ce ne sera plus un sujet de débat » à l'avenir. 

En attendant, la visibilité de ces auteures est aussi à remettre en question, notamment lors de la remise de prix littéraire. Florence Cestac a obtenu le Grand Prix d'Angoulême, mais elle est l'exception. Cette année, c'est Richard Corben qui a été récompensé, et celui-là, n'est pas non plus un modèle comme le dit Florence Cestac avec sa verve truculente : « il dessine des femmes à gros seins. » 



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