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François Ayroles : “Moi je vais plutôt vagabonder de façon frivole”

La rédaction - 30.05.2017

Manga/BD/comics - Univers BD - François Ayroles dessinateur - bande dessinée François Ayroles


Ses personnages se croisent, se toisent, discutent, s’interrogent, s’engueulent, passent d’une pose stoïque à une excitation subite. Ils sont drôles, désuets, énigmatiques et ont surtout quelque chose d’ironique. L’auteur s’amuse aussi avec le genre, car il est membre de l’OuBaPo. François Ayroles est l’invité du prochain festival Regard 9 avec Daniel Goossens... 

propos recueillis par Sarah Vuillermoz



 

 

Sarah Vuillermoz : Peux-tu parler du dessin de la couverture d’Éclairages 7 que tu as créé ? 


François Ayroles : C’est le montage d’un visage dessiné en six techniques différentes. J’ai réalisé six fois ce portrait, à la manière d’un damier dont je n’ai gardé ensuite qu’un carré. C’est un procédé que j’avais déjà utilisé avec mes camarades oubapiens pour le portrait hybride d’écrivains oulipiens. 
 

Le thème de la « manipulation des images » m’a tout de suite intéressé. C’est ce que l’on pratique à l’OuBaPo [Émanation de l’OuLiPo, le projet de l’OuBaPo (Ouvroir de bande dessinée potentielle) est de réaliser des BD à partir de contraintes formelles, ndlr] avec les contraintes transformatrices. On part d’une bande dessinée existante, soit pour enlever le texte et mettre un autre dialogue, soit pour opérer une réduction ou extension et d’autres manipulations encore. 
 

Je trouve qu’il est assez difficile de définir ton travail. Dans un article sur Du9, Christian Rosset règle ce souci : « Il est vrai que François Ayroles se manifeste plus que jamais en maître des mots. Il est donc préférable de rester coi que de tenter de rivaliser avec lui. » Alors, comment pourrais-tu définir ton style ?


François Ayroles : J’ai un problème avec les définitions, j’ai souvent envie de les tordre ou d’en pousser les limites. Je pense juste qu’il y a des œuvres qui créent leurs propres formes et qu’ensuite on y applique des étiquettes. C’est aussi la question du style, dont on pourrait parler longtemps. Je citerais la définition (malgré ce que je viens de dire...) de Jean Nouvel : « la permanence d’une attitude ». 
 

Comme un théâtre de papier, tu dessines de nombreux personnages, tout en dialogue, et souvent sur un seul plan. Les décors sont réduits au minimum : une chaise, une table... C’est évident dans L’Amour sans peine chez L’Association et tes strips En terrasse pour le journal Le Monde.


François Ayroles : Effectivement, les derniers livres que j’ai faits ont cette dominante du dialogue, et aussi un dispositif très frontal pour En terrasse. L’enjeu visuel reste toujours présent. D’ailleurs, quand je crée des scènes au brouillon, ce n’est pas écrit, c’est tout de suite dessiné. Cela reste donc très lié au corps, même si ces corps peuvent parfois être un peu raides (rires).

 


 

Mais dans L’Amour sans peine, par rapport aux Amis, qui sont des livres jumeaux, j’ai voulu incarner et contextualiser davantage. Les personnages sont plus typés et les décors plus précis. Mais j’ai pu aussi réaliser des bandes sans personnages, uniquement avec des décors. C’est une enve que j’ai souvent, de passer à quelque chose de radicalement différent. 
 

Tu sondes encore et toujours la question des relations humaines comme une énigme...


François Ayroles : Ce sont des prétextes. Je ne les creuse pas à proprement dit. Mon but est tout simplement de produire un décalage humoristique. Et pour cela, rien de mieux que les sujets « sacrés » comme l’amour. Je fais un pas de côté pour aborder le sentiment comme une chose toute nouvelle qui vient d’arriver sur le marché.

Le sujet est un prétexte pour mettre en place un dispositif. Je pourrais le faire sur les bagnoles, avec des garagistes que j’étudierais comme des bêtes de laboratoire. Et autant pour Les Amis j’étais parti d’observations, autant pour L’Amour sans peine je n’ai fait que spéculer. 

 

En parlant d’amis, avec Goossens, vous serez les deux prochains invités du festival Regard 9 à Bordeaux. Comment s’organise l’événement ?


François Ayroles : Éric Audebert, le directeur, a tout de suite proposé ce double ticket. C’est un des auteurs qui ont toujours beaucoup compté pour moi. Je suis sous son influence même si c’est quelqu’un de plus radical, qui fait uniquement dans l’humour absurde avec des sujets comme la science ou la littérature, mais qui sont là aussi comme des prétextes.

Il a un axe, il reste dans son registre absurde et n’aime pas trop les contraintes. Alors que moi je vais plutôt vagabonder de façon frivole (rires). 
 

Le dessin et l’humour comme armes


Nous sommes en train de travailler sur la scénographie de notre exposition en commun qui aura lieu cour Mably. Pour les événements et rencontres, il y aura sans doute une discussion autour de Gotlib, notre influence commune. Goossens est très bon pour analyser son travail ou celui des autres. Nous ferons aussi des lectures avec d’autres invités... 
 

Des projets ? 


François Ayroles : Oui, dans l’immédiat je continue les strips pour le site du Monde, je collabore à différentes revues (Topo, Nicole, MLQ), j’illustre un roman pour L’Arbre Vengeur, je finis un livre sur l’histoire du Journal de Spirou et je vais participer à un numéro de Fluide Glacial spécial cul. Oui !

On m’a demandé de faire une histoire de cul sans cul avec des gens qui parlent ! (rires). 

 

Le festival Regard 9 à Bordeaux, du 15 mai au 4 juin 2017

 

En partenariat avec l'agence Ecla