Françoise Nyssen veut refonder la politique nationale pour la BD

Antoine Oury - 25.01.2018

Manga/BD/comics - Univers BD - FIBD 2018 - politique bande dessinée - plan refondation BD


De passage au 45e Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a révélé le lancement d'une mission portant sur la refondation de la politique nationale en faveur de la bande dessinée, plusieurs décennies après le plan Image de Jack Lang, en 1983. Elle a chargé le directeur général de la Cité de la bande dessinée, Pierre Lungheretti, de proposer des pistes pour un plan d'action dévoilé en 2019, au prochain FIBD.


FIBD Angoulême 2018
La ministre de la Culture, à Angoulême (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


À la veille de l'ouverture du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, près de 400 auteurs écrivaient un courrier à la ministre de la Culture pour l'alerter sur la situation - malheureusement connue depuis plusieurs années - des auteurs de bande dessinée :
 

Dans le cas de la bande dessinée, il est désormais fréquent de se voir proposer 7000 euros, souvent moins, pour accomplir une oeuvre qui nécessite un an de travail à temps plein. Le marché du livre et son économie se sont construits sur cette précarité. Nous fournissons textes et images, matières premières du secteur de la bande dessinée (éditeurs - diffuseurs - distributeurs) dont la presse, chaque année, à l'occasion du festival d'Angoulême, rappelle l'excellente santé économique.


La réponse de Françoise Nyssen à cet appel a été ferme, à Angoulême : « Depuis 35 ans, depuis le fameux Plan Lang, et alors que la bande dessinée a connu un nouvel essor, nous avons manqué d'une nouvelle ambition : la diffusion est insuffisante, en comparaison de la production annuelle, beaucoup de titres ne trouvent pas la visibilité qui leur permettrait de rencontrer leur public, beaucoup d'auteurs sont dans une situation financière économiquement difficile, une précarisation s'installe... Je suis consciente de tout cela, et nous nous en occupons, au ministère en tous les cas », a-t-elle expliqué.

Comme annoncé précédemment, une mission a donc été confiée à Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’image à Angoulême, pour définir ce que sera la « refondation de la politique nationale en faveur de la bande dessinée ». Les « manquements du système actuel » seront identifiés par l'auteur du rapport, avec les éléments recueillis dans les différentes auditions qu'il mènera, et des pistes d'améliorations proposées.
 


« J'attends des réflexions sur trois enjeux : la politique patrimoniale [...], l'accompagnement de la création [...] et la situation sociale et économique des auteurs », a détaillé Françoise Nyssen. Le rapport sera présenté en septembre 2018, précédant un plan d'action révélé lors du prochain Festival International de la bande dessinée d'Angoulême, en 2019.
 

Une réflexion collective sur le secteur


« Ce qui est important, c'est de créer les conditions d'une réflexion collective », nous explique Pierre Lungheretti, « mon rôle sera de synthétiser, de fédérer et de stimuler la réflexion autour des grands enjeux de développement du secteur et de résolution d'un certain nombre de problèmes, notamment la précarisation des auteurs, qui est un point de fragilité du secteur ».

FIBD Angoulême 2018
Pierre Lungheretti, à Angoulême (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Les conditions économiques délicates des auteurs sont un sujet d'inquiétude depuis plusieurs années déjà, et le secteur de la BD tout entier est pleinement au courant : à Angoulême, en 2015, une marche des auteurs avait déjà attiré l'attention sur ce problème. « L'essentiel est de contrecarrer cette précarisation : il faut penser des outils qui seraient adéquats et bénéficieraient à l'ensemble de la chaîne, il faut fédérer cette dernière autour de cet enjeu, car quand les auteurs sont en précarité, cela affecte la qualité de la création, qui est un point majeur de la politique culturelle en France. »

Si le niveau de la rémunération des auteurs sera logiquement abordé, Pierre Lungheretti estime que la solution est à chercher sur un niveau « global ». Les rémunérations complémentaires, à travers les dédicaces en festival ou les interventions dans les milieux scolaires, feront partie des pistes étudiées.

En effet, les Rencontres nationales de la bande dessinée, il y a quelques mois, avaient pu montrer « à quel point les bénéfices de la bande dessinée à l'école étaient plébiscités par la communauté éducative. Pour lutter contre l'illettrisme, faciliter l'apprentissage de la lecture, faciliter l'intégration des élèves en situation de décrochage scolaire... C'est une discipline qui crée des bénéfices énormes », assure le directeur général de la Cité, qui a travaillé avec plusieurs rectorats.
 

Retrouver tous les articles sur le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême


Commentaires

Ca me parait mal barré d'imaginer une amélioration de nos conditions tant qu'on parle de "précarisation des auteurs" ou de "précarisation qui s'installe". Ces expressions parlent d'un processus nouveau qui est en train d'apparaitre, et si on fait pas gaffe il y aura des auteurs précaires. Or, non, il s'agit de "précarité des auteurs", d'une précarité qui est déjà là, bien installée, bien organisée, avec ses petites habitudes, elle n'est pas "en train d'apparaitre" ou de s'installer, elle a déjà ses quartiers.

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