Franquin : “Les Idées noires, c’est Gaston trempé dans la suie”

Florent D. - 24.11.2016

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À l’occasion des 40 ans de la naissance d’Idées noires de Franquin, Fluide Glacial revient sur ce chef-d’œuvre incroyablement visionnaire à travers des hommages, inédits, interviews et bien sûr de très nombreux extraits. Et voici que sortira prochainement un album hommage Franquin, il était une fois Idées noires, « l’histoire d’un chef-d’œuvre plus que jamais d’actualité ». 

 

 

 

Gaston Lagaffe est né il y a 60 ans en 1957, Idées noires, il y a 40 ans en 1977. Leur créateur, quant à lui, nous quittait il y a 20 ans en 1997. 2017 sera incontestablement l’année Franquin. Fluide Glacial a entrepris de retracer son parcours durant les années 70 et 80 : les distances prises avec le journal Spirou de l’époque, son intérêt pour la jeune génération émergente de la bande dessinée, son humanisme et ses états d’âme qui l’amèneront à la création des Idées noires, son chant du cygne. 

 

Une marée noire, une machine robotisée à faire des conserves de poulet, un ministre cynique qui place le budget de l’armée devant la santé, des bulldozers bétonnant la ville, des généraux jouant à la pétanque avec des grenades, d’autres qui déclenchent une guerre nucléaire, un bourreau qui apporte sa guillotine chez le rémouleur... 

 

Dès la première Idée noire, Franquin a l’air de dire : « Attention, là c’est plus de la rigolade comme avant ! » Il annonçait la couleur, c’est-à-dire le noir et le blanc... Gotlib

 

Quand en 1977 Franquin publie ses premières Idées noires, il ne soupçonne pas que, quarante ans plus tard, elles seront toujours d’une actualité brûlante. En fin de compte, il ne serait pas incongru de définir Franquin comme un genre de « lanceur d’alerte » qu’on n’aurait pas vraiment pris au sérieux. Entre les témoignages de ses proches et amis (Isabelle Franquin, Marcel Gotlib, Frédéric Jannin), les hommages de ses collègues de Fluide Glacial (Goossens, Édika) et de la génération suivante (Foerster, Pixel Vengeur, Ferri, Fabrice Erre...), cet ouvrage tente d’apporter un nouvel éclairage sur la dernière période artistique de Franquin, teintée d’humour noir, d’engagements humanistes, mais finalement pas aussi désespérée qu’il n’y paraît. 

 

 

 

Franquin était un homme affable, jovial et drôle dont le rire tonitruant et communicatif résonne encore aux oreilles de ceux qui l’ont côtoyé. Il a pourtant été décrit depuis le milieu des années 70 comme tourmenté et meurtri par une dépression chronique, soi-disant à l’origine de ses « monstres » puis des Idées noires.

 

Humaniste, pacifiste, écolo avant l’heure, mais surtout immensément gai, Franquin était avant tout un homme curieux du monde en plus d’être un dessinateur génial. Fluide glacial

 

La réalité est pour le moins plus nuancée, voire — si l’on en croit Franquin lui-même — plus frivole : « Pourquoi fait-on des dessins affreux ? Je crois que c’est surtout pour le plaisir simple et bête de faire des grimaces... En cherchant un peu plus loin, on trouverait peut-être que c’est pour transformer en gag la crainte du vieillissement, de la maladie, du cercueil ! S’il n’est pas ce remède, le dessin d’horreur est un dévergondage, ce qui n’est pas une raison pour que je m’en abstienne... » 

 

Reste qu’Idées noires est une œuvre puissante, l’aboutissement de l’art de Franquin : le moment où la pureté de sa maîtrise technique et son humour incisif rejoignent ses convictions profondément humanistes. Chef-d’œuvre de l’humour noir oscillant entre optimisme et pessimisme, les idées noires ne sont jamais cyniques. On y comprend le simple besoin de montrer du doigt les horreurs du monde pour les conjurer dans un éclat de rire. En cela, cette œuvre magistrale ne pouvait trouver meilleur écrin que Fluide Glacial, le journal de Gotlib. 

 

La version kiosque sera proposée du 22 décembre au 23 mars (6,95 €, 100 pages) et la version librairie à compter du 18 janvier (19,90 € — 120 pages). Ouvrage dirigé par Gérard Viry-Babel.