Franquin : "Un insatisfait courant après un idéal du dessin"

Julien Helmlinger - 21.03.2015

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Né à Bruxelles le 3 janvier 1924, le roi du gag André Franquin allait durablement s'imposer parmi les géants du 9e art. Après un passage dans l'animation, le Belge intégra le Journal de Spirou à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en compagnie de Morris et Will, 3 nouvelles recrues alors encadrées par Jijé. En 1946, Franquin fut chargé de reprendre la série phare du périodique, Spirou et Fantasio, que son mentor venait d'abandonner. À l'occasion de la parution de Franquin, le géant du rire, le magazine Lire a convié de fins connaisseurs au Salon du livre de Paris.

 

 

 Priorité à l'humour

 

 

Les auteurs Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, du Journal de Spirou, ainsi que José-Louis Bocquet et François Boucq ont répondu présent. Pour ces passionnés de BD, Franquin tout comme Hergé seraient les deux géants du 9e art belge.

 

On le connaît pour avoir dessiné Spirou, mais les aventures du célèbre groom ne sont qu'une infime partie de sa création. Et celui-ci brillerait avant tout par ses comparses, dont l'auteur se moque parfois gentiment, plutôt que par lui-même.

 

Tous les intervenants ont découvert l'artiste au cours de leur jeunesse ou de leur adolescence. Et ce qui le rend aussi populaire, c'est son humour. Notamment celui véhiculé par les aventures de Gaston Lagaffe, personnage créé en 1957, à l'origine pour boucher les trous dans le Journal de Spirou. Finalement, à ce jour, Gaston, c'est pratiquement un millier de gags. Franquin s'y serait peu à peu identifié.

 

Lui aussi est venu boucher un trou au sein de la rédaction, en quelque sorte, et partage avec le personnage « cet univers intérieur fantaisiste faisant qu'il aimait détourner les choses autour de lui ».

 

Pour le panel d'auteurs, l'artiste belge a tout bonnement « défriché la bande dessinée d'après-guerre ». Venu du monde de l'animation, inspiré par Disney, Franquin serait arrivé au Journal de Spirou sans jamais avoir dessiné une seule bulle. Pourtant, il va apporter une certaine structure au registre, là où les prédécesseurs n'avaient peut-être pas autant d'ambition scénaristique. « La charge de vie était telle que l'on ne pouvait pas passer à côté », estime aujourd'hui François Boucq.

 

L'auteur nous décrit André Franquin comme ayant été « un insatisfait courant après un idéal du dessin, paradoxalement gai, bien qu'il ait fait des dépressions ». Un « hypersensible », en somme. En effet, s'il a su nous faire marrer, on connaît à l'artiste des périodes de vie moins heureuses.

 

De même, son art connaît ses périodes, qui selon les experts sont le signe de remises en question artistiques. On peut d'ailleurs lire la part sombre de son oeuvre à travers Idées noires.

 

Cette année, Gaston Lagaffe a finalement obtenu son contrat pour une adaptation au ciné, Spirou a le sien pour un parc d'attractions, signes que Franquin inspire toujours. Mais lorsqu'on leur pose la question de savoir si ces projets réussiront à sauvegarder l'esprit de l'artiste, le panel d'auteurs répond à l'unanimité : Non. Pour François Boucq, « l'esprit du dessinateur est dans son trait ».