Rentrée littéraire : La fashion week des libraires


Après avoir quitté Paris et bataillé avec ses éditeurs, Germain Boudier a trouvé sa place du côté de Concarneau, où il développe une œuvre originale. La bande dessinée nous y aide à faire la nique à la grisaille du quotidien.



Projet musical, BD-concert en collaboration avec le musicien Christophe Rouillé. © Germain Boudier
 

 

Germain Boudier avait la passion de la BD, comme beaucoup d’enfants et d’adolescents. Mais l’envie de raconter des histoires lui est restée chevillée au corps. L’envie de peindre. L’envie d’apprendre à dessiner. À Nanterre, il passe pourtant un bac scientifique, puis c’est Maths Sup. et une carrière d’ingénieur qui se profile... « Ça ne m’a pas trop plu, cette perspective. Il me fallait quelque chose de plus créatif. Alors j’ai bifurqué vers des études d’architecture, qui combinaient les deux aspects : artistique et scientifique. Je suis allé jusqu’au bout, même si je me rendais compte que ça allait être compliqué. » 
 

Germain travaille un moment dans un cabinet d’architectes, se retrouve à construire un palais, pour la famille royale d’Arabie saoudite. « Je ne me voyais pas un grand avenir là-dedans, quand même, et j’avais envie d’essayer la BD. J’ai commencé par les fanzines. Un passage obligé. Et j’ai décroché mon premier contrat en 2004, alors que j’étais encore architecte. »

Il signe Le Serin est un pigeon comme un autre à La Boîte à Bulles. Scénario et dessin. « Un polar à la Colombo, avec un anti-héros. » Un autre tome, La Saison du Serin, sortira en 2008, et mettra en scène un camping, en Bretagne. Parce que, entre-temps, la vie a basculé. « On a eu une petite fille. La vie à Paris devenait compliquée. Et ma femme a été mutée comme prof, à Quimper. J’ai arrêté l’architecture et je suis venu vivre en Bretagne, avec ma petite famille. » 
 

En 2008 et 2010 viennent s’intercaler deux autres productions, chez Futuropolis, avec comme décor la caravane du Tour de France. « Les personnages pensent résoudre leurs problèmes, chacun à sa façon, mais ça ne se passe pas comme prévu. Encore des albums où les personnages tentent d’échapper à la routine du quotidien. J’écris toujours là-dessus, en fait. » Évidemment, vivre de son art reste difficile. « Comme beaucoup d’auteurs, j’ai été confronté aux aléas du monde de l’édition et je me suis retrouvé avec des problèmes de tunes. J’ai cherché à développer mon univers par la peinture, la sculpture. Des galeries ont accepté d’exposer mes travaux, à Montréal, à Paris, à Rennes, à Pont-Aven. Mais en BD, il me fallait trouver un nouvel éditeur, pour mon projet Insomnies. »

Pour ce polar qui parcourt le sentier des douaniers, du côté de Concarneau, et dans lequel Damien, le personnage principal, en quête d’aventure, en proie à ses rêves, cherche à échapper à la morosité de son quotidien, Germain fouine sur internet et tombe sur le site de Sixto. « Ça m’a plu tout de suite. Je les ai contactés et je leur ai envoyé mon projet par mail. Ensuite, entre nous, ça a été une vraie rencontre. Quelque chose d’assez rare dans ce milieu, je crois. »



Page 7 pour le projet Casiers
 

Refusé par nombre d’éditeurs, Insomnies décroche finalement le Prix du Polar, à Cognac, en 2016. Germain Boudier découvre une véritable complicité, une proximité avec son nouvel éditeur, mais aussi avec le pays où il habite. « Nos bandes dessinées connaissent un second souffle, au niveau local, avec les lecteurs du coin. C’est une dimension importante, quand on vit ici. Quelque chose qui n’existe pas à Paris. » 
 

Ce rapport de proximité avec les gens et avec le marché local. Et bien sûr, produire localement ou parler du coin, ça n’empêche pas d’être bon. 


« En plus, pour les lecteurs d’ailleurs, cela peut avoir le charme de l’exotisme. » Idem pour la peinture. Germain a su peu à peu se construire un réseau, sur place. Dernièrement, il a remporté le concours pour un 1 % artistique, lancé par la Ville de Concarneau, après avoir conçu celui de Collinée (22) en 2016. Le sujet : les migrations. L’œuvre : une grande sculpture en acier.

Et Germain s’intéresse de près au travail de médiation. En projet : un atelier BD dans un hôpital de jour avec des psychotiques, suivi d’une exposition de ses travaux. Il travaille aussi sur un nouveau projet de bande dessinée, qui se passera, lui aussi, du côté de Concarneau. 

Son site.

 

Gérard Alle
 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne


 

 

Le Serin est un pigeon comme les autres, La Boîte à Bulles, 2005.
Le Tour en caravane, Tome 1 – Editions Futuropolis – 9782754800969 – 16,25 €

La Saison du Serin, La Boîte à Bulles, 2008
Le Tour en caravane, Tome 2 – Editions Futuropolis – 9782754802574  16,25 €

Insomnies – Editions Sixto – 9791090939158 – 23 €


Germain Boudier a par ailleurs réalisé la couverture du Guide des manifestations et événements littéraires 2017, publié par Livre et lecture en Bretagne en février.