Graffcomics, la délicate entreprise d'un hebdomadaire comics gratuit

Orianne Vialo - 09.05.2016

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Voilà près de trois ans que Graffcomics, jeune éditeur de presse, souhaite réellement lancer son hebdomadaire de comics distribué gratuitement. Ces périodiques de 32 pages présenteront chaque semaine quatre séries inédites, Next Gen, Le Prince De Thémis, Les Nouveaux Argonautes et Bliss. Mais voilà, malgré une campagne de crowdfunding couronnée de succès, le projet peine à aller de l’avant. Le problème : jusqu’à présent, aucun annonceur n’a souhaité faire partie de l’aventure. Pourtant, l’entreprise n’attend plus qu’eux pour mettre la machine en marche. 

 

(Graffcomics / CC BY 2.0)

 

 

Proposer un hebdomadaire gratuit de bandes dessinées inédites : voilà le défi audacieux que s’est fixé l’éditeur de presse Graffcomics. En suivant le modèle économique de quotidiens gratuits distribués dans la rue ou le métro, l’éditeur de presse a l’ambition de financer exclusivement le magazine grâce à la vente d’espaces publicitaires à des annonceurs. 

 

C’est notamment pour cette raison qu’ils étaient présents à la quatrième édition de la Paris Comics Expo 2016, un salon dédié aux comics et à la science-fiction. L’année dernière, ils y étaient, non seulement pour trouver des annonceurs, mais aussi pour se faire connaitre du public, et plus particulièrement des fans de BD et de comics. 

 

Les personnages des séries Les Nouveaux Argonautes (à gauche) et de Bliss (à droite)

(Graffcomics / CC BY 2.0)

 

Un projet qui ne date pas d'hier 

 

C’est en août 2012 que la société a vu le jour, à l’initiative de deux fans de BD : Yanis Grondin, directeur de la publication, qui gère les relations avec les annonceurs, et Vincent Fourneuf, le directeur artistique et rédacteur en chef, qui s’occupe quant à lui de la ligne artistique de Graffcomics et du staff créatif du studio. 

 

Le duo s’est inspiré du modèle américain des comics mêlés à la presse gratuite, format d’une vingtaine de pages que l’on retrouve déjà outre Atlantique, en y ajoutant tout de même leur touche perso : ils y ont inclus une partie magazine, Graff’mag, qui comprendra des pages cinéma, musique, jeux vidéo et pop-culture, mais toujours sous un prisme didactique et pédagogique. Les Carnets D'Alice — carnets de voyage d'Alice Duporge — en sont un parfait exemple. Grâce à cette rubrique, « on peut prévoir un voyage au Japon étape par étape, du début à la fin », explique Vincent Fourneuf. 

 

Les carnets d'Alice contiendront photos et conseils de voyage (Capture d'écran)

 

 

Une campagne de crowdfunding pour lancer financièrement le magazine

 

Pour se lancer financièrement — et surtout pour pouvoir payer leur équipe créative et artistique composée de dessinateurs, coloristes, lettreurs, et d’un community manager —, le groupe de presse a eu l’idée de solliciter l’aide de divers contributeurs via une campagne de crowdfunding sur le site Ulule. L’éditeur de comics gratuits a ainsi réussi à collecter 11.162 € sur un objectif initial de 8.000 €, ce qui leur a permis l’impression du numéro « preview » à 20.000 exemplaires, destiné à leur communication après des professionnels — et notamment des annonceurs.

 

« Notre campagne sur Ulule est désormais terminée ! Nous avons le plaisir de pouvoir dire que nous avons réussi au delà de nos espérances, puisque nous avons atteint 139 % de notre objectif, c’est-à-dire plus de 11.000 € ! Faire cette campagne, c’était montrer notre capacité à convaincre le public pour peser plus auprès des annonceurs, des banque, mais aussi en vue d’obtenir des fonds publics. […] Et maintenant ? Beaucoup de travail reste à faire avant de pouvoir sortir nos premiers numéros. Le dessin n’est pas totalement terminé, tout comme la rédaction des articles du supplément magazine. Toute la logistique autour de l’impression et de la distribution de nos magazines est en train d’être mise en place également. » 

 

Et de poursuivre : « Nous sommes très heureux qu’autant de personnes aient soutenu notre projet. Nous avons maintenant près de 600 abonnés en plus des exemplaires qui seront distribués dans les établissements scolaires et nous comptons leur offrir les meilleures bandes dessinées possible ! »

 

Aperçu du 1er numéro de Next Gen (Capture d'écran)

 

 

Un numéro «  preview » qui leur a permis de séduire des abonnés 

 

« Nous avons distribué un preview de nos séries et magazines en 2013, et savons maintenant que l'impression est de qualité et que la distribution fonctionne ». Et pour cause : en quatre jours, 20.000 exemplaires ont été écoulés. 

 

Actuellement, le numéro preview est toujours distribué gratuitement — à hauteur de 15.000 exemplaires par mois et par série, soit 60.000 exemplaires en tout — dans des lieux dits de dépôts qui concernent principalement une centaine d’établissements scolaires de la région d’Île-de-France (lycées, facultés, universités). Les librairies spécialisées et magasins partenaires parisiens, à l’image d’Album, Pulp’s Comics, les comics shops Central Comics ou Coqlakour sont aussi visés comme lieux de distribution. 

 

« Nos abonnés le sont devenus à la suite de la campagne de financement participatif, le minimum de don leur permettant de devenir abonnés. Néanmoins, pour des raisons qui nous échappent, il nous est très difficile de trouver des annonceurs, le projet emballe beaucoup de gens, mais s'arrête devant la porte des financiers. Nous avons rencontré plusieurs jeunes entrepreneurs dans des secteurs différents qui connaissent exactement le même problème, ce n'est donc pas lié à l'idée, mais plutôt à la conjoncture », déclare Vincent Fourneuf.

 

Une fois que le périodique aura atteint une certaine stabilité économique et un certain lectorat, Graffcomics espère le distribuer dans le reste de la France puis s’étendre géographiquement vers les DOM-TOM, la Belgique et la Suisse. 

 

Aujourd'hui, toutes les séries sont scénarisées jusqu'aux neuf premiers numéros, et Graffcomics n'attend que les fonds pour les faire dessiner et les publier. 

 

La balle est donc dans le camp des annonceurs...