Graffeuse et artiste de rue : Miss.Tic, femme de l'être

Claire Darfeuille - 31.03.2014

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L'artiste Miss.Tic, rendue célèbre depuis le milieu des années 80 par ses pochoirs de rue, se joue autant des images que des mots. À l'occasion de l'exposition de plusieurs de ses créations dans les bibliothèques de Seine-Saint-Denis, elle revient sur la place majeure qu'occupent la littérature et l'écriture dans sa vie.

 

 

 

 

« Enfant, j'ai passé de nombreux mois dans les hôpitaux, les livres étaient ma seule évasion », raconte Miss.Tic, balayant vite ces mauvais souvenirs pour revenir au plaisir de lire. À 8 ans, elle découvre Prévert qui lui donne le goût des doubles sens et des jeux de mots, une tournure d'esprit qu'elle ne perdra plus jamais et qui la caractérise tout autant que ses femmes libres et conscientes de leur pouvoir de séduction que l'on croise aux détours d'une rue. La Comtesse de Ségur et la Bibliothèque rose nourrissent son enfance où la littérature occupa une place « énorme », puis Albertine Sarrazin et Marguerite Duras lui ouvrent des portes à l'adolescence. Parmi les contemporaines, elle cite spontanément Lydie Salvayre dont elle aime « tout », mais choisit sans hésitation pour livre de chevet Comment supporter sa liberté de Chantal Thomas.

 

L'exposition présentée en avril à la bibliothèque de l'Île Saint-Denis est composée d'une série de 14 portraits d'écrivaines créés à l'occasion de la journée de la femme en 2011. Dans le plus pur style de l'artiste, chaque visage ou silhouette tracés au pochoir sont associés à une phrase concise et polysémique : « Entre les lignes, l'ivresse » pour Françoise Sagan, « L'âme de fond » pour Virginia Woolf, « Femme d'esprit, je redonne du corps à la langue » pour Simone de Beauvoir… Un hommage aux auteures qui l'ont accompagnée, mais pas seulement. Elle accroche aussi Christine Angot, « Écrire comme on se purge », parce qu'elle lui semble « une figure incontournable du monde littéraire » et qu' « écrire est très difficile ». « Je respecte tous ceux qui bossent », explique celle qui a beaucoup travaillé avant d'obtenir une confortable reconnaissance.

 

Le livre secret L'Etoffe des éros

 

« Écrire est plus difficile que peindre. Je n'ai jamais de fulgurances, donc les moments de trouvailles sont rares et précieux », assure-t-elle. Outre son travail graphique, Miss.Tic façonne aussi des livres. De beaux livres en édition limitée, à 90 exemplaires pour une société de bibliophilie, en ce moment, dont les membres commandent tous les deux ans un livre à un artiste, les précédents étaient Loustal et Garouste. Plus confidentiel encore est son livre L'Étoffe des éros, secrètementcaché à l'arrière d'un tableau. L'édition parue dans la collection Secrets d'atelier chez Renard Pâle se limite à 30 exemplaires signés sur Arches.

 

 

 

 

Miss.Tic a également conçu la couverture de livres plus largement diffusés -Tuer le père d'Amélie Nothomb porte sa patte- et apporté sa contribution à l'ABC d'Albert Jacquard pour changer le monde  qui paraîtra quelques jours avant la mort du scientifique en septembre 2013. Parmi les entrées de cet abécédaire que Miss Tic illustre d'une image et d'une phrase, « la mort » ainsi définie « La mort a de faucheuses habitudes ».

 

 


 

 

Ainsi n'aura-t-elle pas eu l'occasion de présenter le livre avec son co-auteur dans la librairie Jonas qu'elle affectionne située dans le XIIIe. Elle est aussi familière de la Hune dans le quartier Saint-Germain-des-Prés pour son espace de « peinture et art graphique » et ses vendeurs/ses devenu(e)s au fil des années « des copin(e)s », elle apprécie aussi le fonds dédié au design graphique d' Artazart, le long du canal Saint Martin. Jadis, elle fréquentait  assidûment les Mona Lisait pour se procurer des livres d'art pas chers.

 

« J'évite désormais la répression »

 

Loin de ne se donner à voir que dans les galeries, la pionnière du Street art redescend encore fréquemment dans les rues. Mais elle demande désormais l'autorisation aux propriétaires avant d'apposer ses dessins, échaudée par la décision de justice rendue en 1999 qui l'a condamnée pour dégradation. « J'évite désormais la répression et la justice », dit-elle alors qu'elle se voit encore refuser quatre demandes sur cinq par des propriétaires « frileux ».

 

Miss.Tic aime aussi prêter sa voix. Elle organise régulièrement des lectures dans les galeries pendant ses vernissages ou invite slameurs et Dj, quand elle ne slame pas elle-même. Son meilleur souvenir restera une lecture en musique de Carnet de bal d'une courtisane de Grisélidis Réal, « une femme formidable qui a lutté pour le droit des prostitués ». Sur recommandation de Miss Tic, un extrait du documentaire de Jean-François Davy où la dame de Genève raconte comment son roman Le noir est une couleur (réédité par Verticales en 2005) doit son titre à Alphonse Boudard, échappant ainsi au pire et surtout aux pieux…

 

Les actuels lieux d'exposition sont sur le site de Miss Tic et en ce moment à la Galerie Berthéas à Saint-Etienne se tient une importante exposition de ces œuvres.