Grand bordel dans la Rubrique-à-brac : Marcel Gotlib est mort

Nicolas Gary - 04.12.2016

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Le dessinateur Marcel Gotlib est décédé ce 4 décembre, à l’âge de 82 ans. Il emporte avec lui la création de personnages fantastiques comme Superdupont, Pervers Pépère, ou encore Gai Luron. Mais certainement pas que : la Rubrique-à-brac, ou les Dingodossiers furent autant de raison de s’étrangler de rire. 

 

Couverture du quatrième tome de Rubrique-à-brac.

 

 

Fondateur dans les années 70 de L’Écho des savanes ainsi que de Fluide glacial, Marcel Gotlib fut un titi parisien né Marcel Mordekhaï Gottlieb. Il décocha ses premiers coups de crayon à partir des années 60, signant chez Vaillant en 1962 pour de premières planches. C’est avec l’apparition de Gai-Luron, quelque six années plus tard que le style, déjà affirmé, sera désormais inarrêtable. 

 

Il fréquentera par la suite un certain René Goscinny, en 65, après être entré chez Pilote, et viendront alors au monde les Dingodossiers. Mais la face du monde ne sera véritablement changée, et plus encore qu’avec le nez de Cléopâtre, quand sortira le premier opus de Rubrique-à-brac, sorte de concept foutraque entre les fonds de tiroirs géniaux et les dérives comiques les plus hilarantes...

 

 

Les éditions Dargaud ont fait part de l’information, accompagnée d’un communiqué de presse. 

 

« Les millions de lecteurs ayant appris à rire dans les pages de la Rubrique à brac, des Dingodossiers, ou de Gai Luron perdent un humoriste fascinant, un dessinateur virtuose, un touche à tout iconoclaste et un ami cher qui parvenait à provoquer le rire à la moindre de ses pages.

 

Quiconque aura eu un jour la chance de croiser le « brave et généreux Gotlib », comme l’appelait René Goscinny, se souviendra avec tendresse d’un homme d’une gentillesse inouïe, au sourire contagieux et à l’humanité parfaite, qui ne se rendit jamais totalement compte de l’admiration sans bornes qu’il suscitait. 

 

Gai-Luron ressuscite sans passer par la case cimetière 

 

De pilote à fluide glacial, il révolutionna la façon de faire de la bande dessinée, faisant rentrer un non sens britannique et une irrésistible façon de se moquer de tout dans les foyers français. Marcel Gotlib était un génie, un maître, un ami, et c’est bien la première fois qu’il ne nous fait pas rire. »

 

 

Il a su transformer le cannabis en brocolis, là où certains en étaient encore à espérer la métamorphose de l'eau en vin ; il a hissé, avec Druillet, le space opera à un niveau supérieur du comique ; pour avoir fait de la coccinelle, la meilleure amie du dessinateur esseulé, et pour des millions d'autres raisons, dont certaines indicibles, Marcel Gotlib mérite tout notre amour. 

 

Audrey Azoulay a présenté ses condoléances à la famille, dans un hommage :

 

Formé au journal "Pilote", avant de fonder lui-même "L'écho des savanes" et "Fluide glacial", il a marqué des générations de lecteurs et de dessinateurs par son trait virtuose et son humour loufoque et corrosif.

Grand Prix en 1991 du Festival d'Angoulême et auteur d'un roman autobiographique plein d'émotions "J'existe, je me suis rencontré", il a fait partie des précurseurs qui ont donné leurs lettres de noblesse à la bande dessinée et montré à quel point l'humour est vital pour notre démocratie.

 

 

En 2009, à l’occasion de la publication d’une compilation de ses œuvres, il expliquait : « Je suis extrêmement complexé. J’avais l’impression de me venger de mes complexes en faisant le con comme ça, en me montrant magnifique sur mon trône. Ça faisait partie de mes trucs. » Il était pris par une folie créatrice, dont il assurait alors : « J’en ai trop fait. C’est moi qui ai mis fin à cette course folle de la BD, sinon j’en ferais encore. »

 

Gotlib et les Monty Python au secours du Fluide 

 

« C’est sûr, Léonard dessinait mieux que Marcel, mais de Vinci, même dans ses œuvres les plus folles, n’a jamais atteint le degré de déconnade de Gotlib, d’ailleurs il ne s’en est jamais inspiré. [...] Louons celui sans qui Fluide Glacial ne serait pas, ce grand dessinateur animalier à qui l’on doit des analyses poussées sur le comportement de la coccinelle, approuvant la thèse comme quoi ce n’est pas forcément qu’une bête à bon Dieu. » Eddy Mitchell pour la publication de Ma vie-en-vrac, une autobiographie parue en 2006.