Groom : “La BD ouvre des champs de réflexion sur l'actualité“

Clément Solym - 07.01.2016

Manga/BD/comics - Univers BD - actualité jeunesse - Groom Dupuis - bande dessinée information


Le projet Groom a débuté voilà dix ans, assure Damien Perez, son rédacteur en chef. Lancé ce 7 janvier, le nouveau magazine issu des éditions Dupuis, mêle actualité et bande dessinée, pour parler aux enfants – et aux plus grands – différemment. Notre monde, la société, les événements majeurs... le premier numéro parcourt et revisite l’année 2015. Entretien, sans bulles, certes, mais avec de belles raisons de se réjouir.

 

 

 

Après le numéro spécial Charlie, initié dans le magazine Spirou, l’éditeur a décidé de s’attaquer au monde contemporain. Prendre toutes les facettes du monde, et montrer que, malgré un contexte anxiogène, notre quotidien a de multiples facettes. « Parler de situations économiques compliquées, des attentats, et donner des touches d’espoir, l’occasion de s’amuser en lisant, Groom, c’est tout cela », explique Damien Perez.

 

Un médium unique, qui n’a pas vocation à faire de la prépublication : « Notre demande expresse, aux auteurs, c’était de n’utiliser ni leurs personnages ni leurs univers : ce qu’ils font pour Groom n’existe nulle par ailleurs. Le magazine apporte une fenêtre de création supplémentaire. »

 

Une pierre dans l’édifice, mais qui reste sous le bienveillant patronat de Spirou, figure essentielle de la maison Dupuis. « Nous n’avions pas spécifiquement besoin du personnage, c’est juste. Cependant, la filiation avec le numéro Charlie était forte, c’est le premier point. Ensuite, Spirou a une image spécifique, un côté prescripteur, capable de faire le lien entre parents et enfants, enseignants et élèves. »

 

Laisser au groom le soin de raconter la situation économique en Grèce apporte, évidemment, un nouvel éclairage. « Il y a quelque chose de rassurant dans l’uniforme », plaisante Damien Perez. 

 

 

 

La suite, sur près de 100 pages, réunit tout à la fois des planches et des dossiers particulièrement solides. La dimension BD découle de choix éditoriaux spécifiques, des sujets sélectionnés : l’envie de travailler en équipe, avec certains dessinateurs et scénaristes. Et de l’autre, leur proposer des sujets en affinités avec leurs univers. « Les émeutes de Baltimore, traitées par Matz, c’est fantastique [NdR : nous confirmons] : il a une prédilection pour les USA, et le traitement avec Fred Simon pour le dessin donne un axe de compréhension très fort. »

 

Groom en profite alors pour créer de nouveaux couples d’auteurs, voire se servir de créateurs un peu à contre-courant : les mouvements migratoires expliqués par des dinosaures, ça a une gueule d’enfer. Un peu d’humour, délicatement dispensé. 

 

« La bande dessinée permet d’ouvrir des champs de réflexion auxquels les médias ne nous habituent pas : on doit aller vite et rendre la situation facile à comprendre. Pourtant, les auteurs parviennent à simplifier un sujet tout en lui donnant une véritable profondeur. »

 

Et des dossiers solides complètent les planches de BD. De véritables guest-stars, avant tout des références sur les sujets. On compte ainsi Jean-Louis Bianco, ancien secrétaire général de l’Élysée, ministre et député. Aujourd’hui président de l’Observatoire de la laïcité, il s’est penché sur la question des attentats de Charlie. 

 

Universitaires, membres du CNRS, journalistes, psychologue et océanographe, pour n’en citer que quelques-uns, complètent et enrichissent encore les sujets. Et notons que des dossiers pédagogiques sont également proposés pour les enseignants. « Dès le départ, Groom a été conçu comme un outil pédagogique. » 

 

Et puis, on ne peut pas rater la séquence d’engueulade spectaculaire entre Barack Obama et Fidel Castro, réalisée par Fabrice Erre et Benoît Feroumont. Groom est un véritable moment de plaisir, et d’enrichissement. Véritablement ouvert à tous, le magazine prend naturellement sa place dans la scène médiatique. 

 

Plaire, émouvoir, enseigner, avec intelligence, finesse et humour. Un sacré défi.