Héritage Uderzo : une plainte relance l'hypothèse d'abus de faiblesse

Antoine Oury - 19.09.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Albert Uderzo - abus de faiblesse - Sylvie Uderzo


Exclusif : L'enquête de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) sur la gestion des finances d'Albert Uderzo, cocréateur d'Astérix avait conclu, d'après le rapport présenté à l'époque, qu'aucun abus de faiblesse n'était constatable. La plainte avait été déposée par Sylvie Uderzo, inquiète pour son père et l'influence qu'exercerait sur lui son entourage.

 

 

Editions Albert René Astérix et Obélix

Les Éditions Albert René, ActuaLitté, CC BY-SA 2.0

 

 

Depuis 2007, l'existence de la fille d'Albert Uderzo, Sylvie Uderzo, a pris une étrange tournure : l'été de cette même année, son époux Bernard de Choisy, qui manageait la maison d'édition et organisait la communication autour des albums du petit gaulois, est brusquement remercié par les éditions Albert René, et sommé de rembourser des frais. Très vite, c'est au tour de la fille d'Albert Uderzo d'être débarquée des éditions Albert René, alors qu'elle était directrice des Éditions, sans indemnités. Tous deux déposent une plainte aux Prud'hommes pour licenciement abusif, et remportent leurs procédures.

 

Une histoire avec un lourd passif

 

En mai 2011, à partir d'informations concordantes, Sylvie Uderzo dépose une plainte contre X pour abus de faiblesse : la fille a peur pour son père, dont le comportement l'étonne de plus en plus. En décembre 2008, la maison d'édition des albums d'Astérix avait été vendue à Hachette, filiale de Lagardère. Aujourd'hui, le groupe prépare la parution d'un nouvel album pour octobre, Astérix chez les Pictes, écrit et dessiné par de nouveaux auteurs, alors qu'Uderzo s'était toujours déclaré opposé à la reprise du personnage qu'il avait créé avec René Goscinny.

  

Suite à la plainte pour abus de faiblesse, la Brigade de répression de la délinquance économique a ouvert une enquête en février 2011, mais la plaignante n'obtient aucune nouvelle. Face à ce silence, elle décide de porter plainte en se constituant partie civile en octobre 2011, pour obtenir la nomination d'un juge d'instruction. L'enquête préliminaire de police à laquelle elle a accès décèle des « comportements délictueux dans l'entourage d'Albert Uderzo ».

 

Mais, à nouveau, la plaignante reste sans nouvelles de l'avancée de l'enquête, et le juge d'instruction ne convoque pas Sylvie Uderzo à la barre. Alors que le dépôt de la plainte remonte à février 2011, la fille de l'auteur n'est convoquée qu'en novembre 2012 devant le juge d'instruction. Et là, surprise : ce dernier lui annonce qu'il se dirige vers un non-lieu.

 

« Toutes les questions ouvertes par l'enquête préliminaire ont été ignorées ou étonnamment minimisées une par une. Les auditions des personnes incriminées ont été effectuées sans contradicteurs, les enquêteurs se contentant de prendre pour argent comptant leurs déclarations, un an et demi après l'ouverture du dossier », déplore Bernard de Choisy, époux de Sylvie Uderzo.

 

Un auteur de bande dessinée mal entouré ?

 

Les intéressés en question font partie de l'entourage d'Albert Uderzo et de sa femme Ada, et Sylvie Uderzo et Bernard de Choisy les soupçonnent d'influence négative sur l'auteur, sur la gestion de sa fortune et celle de son oeuvre.

 

En décembre 2012, la BRDE confirme que personne n'a abusé d'Albert Uderzo, et l'auteur lui-même intervient pour contester les soupçons d'abus de faiblesse sur sa personne. Cependant, un élément important pourrait bien remettre en cause ces convictions : une des personnes de l'entourage d'Uderzo, visée par la plainte de Sylvie Uderzo, notaire de son père, a été condamnée en appel en juin dernier pour faux en écriture, escroquerie et abus de faiblesse. Il ne peut plus, par ailleurs, exercer sa fonction de notaire après une plainte déposée par la Chambre des Notaires.

  

Par ailleurs, Sylvie Uderzo et Bernard de Choisy viennent de porter plainte pour faux témoignage contre une autre personne visée dans la plainte précédente, l'expert-comptable d'Albert Uderzo. L'expert comptable de l'auteur d'Astérix et de son notaire aurait fourni un faux témoignage à la BRDE, d'après de Choisy. Un témoignage essentiel, qui aurait servi de référence au rapport de police écartant l'hypothèse de l'abus de faiblesse. La plainte a été déposée au parquet de Nanterre le 2 septembre dernier...