Hermann élu Grand Prix d'Angoulême

Cécile Mazin - 28.01.2016

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Au terme des votes électroniques, le Grand Prix du 43e Festival de la BD d’Angoulême a été élu. Les auteur.e.s ont fini par désigner Hermann pour cette édition 2016 particulièrement controversée. Ils « couronnent ainsi l’une des œuvres les plus emblématiques de la bande dessinée franco-belge tous publics et l’un des parcours d’auteur les plus prolifiques du 9e art européen », assurent les organisateurs.

 

Hermann © Charles Robin

 

 

Hermann Hupper est originaire de Belgique, né à Bévercé, non loin des Ardennes, le 17 juillet 1938. Autodidacte, il s’intéressera tant au dessin qu’au scénario, et intégrera le studio Greg dans les années 60. Il y produira Les Belles histoires de l’Oncle Paul et en duo, les deux hommes concevront Bernard Princesse, pour le magazine Tintin

 

« D’emblée, Hermann pose dans cette série réaliste les bases de ce qui s’imposera bientôt comme son style, sa marque : une bande dessinée physique et intense, parfois presque violente, un sens consommé des ambiances, un talent peu commun pour suggérer les matières, une énergie omniprésente. La vitalité d’Hermann devient le signe distinctif de l’empreinte, éminemment personnelle, qui le distinguera pour toujours du reste de ses confrères. »

 

Les éditions Dupuis ont exprimé leur joie, estimant que le talent de l’auteur était enfin consacré. « Au sein du catalogue Dupuis, Hermann a su concilier deux facettes parfois antinomiques du 9e art : celle de la série, avec les 34 albums de son héros récurrent Jérémiah, et celle de la bande dessinée d’auteur avec 7 ouvrages publiés sous le label Aire Libre, en attendant un huitième, Le passeur, déjà prévu pour la fin de cette année 2016. »

 

Son autre éditeur, Glénat, a également salué « l’un des plus grands dessinateurs réalistes de la bande dessinée franco-belge. Au cours de son imposante carrière, Hermann a su aborder avec talent une multitude de genres ». Et d’ajouter : « Inspiré au départ par des artistes comme Jijé et Jean Giraud, Hermann a rapidement développé son propre style, influençant à son tour des générations d’auteurs. »

 

 

Dès lors, installé dans la faveur des lecteurs de tous âges grâce au succès immédiat de Bernard Prince (une douzaine d’albums égrenés au fil des années 70 aux éditions du Lombard), Hermann s’essaie tour à tour à presque tous les registres, tous les sujets, avec un appétit boulimique et un égal bonheur. L’Histoire antique avec le scénariste Jean-Luc Vernal dans Jugurtha ou plus tard médiévale et en solo dans Les Tours de Bois-Maury (dix volumes chez Glénat), le western à nouveau en tandem avec Greg dans le remarquable Comanche (une dizaine de titres également au Lombard), sans oublier la science-fiction, incontournable dans la bande dessinée des années 70 et 80, avec ce qui reste peut-être sa série fétiche dans l’esprit d’innombrables lecteurs : Jeremiah.

 

Seul aux commandes de cette œuvre fleuve (près de 35 volumes successivement parus chez Fleurus, Hachette, Novedi et Dupuis, et aujourd’hui tous repris chez Dupuis), Hermann déploie une peinture saisissante et pessimiste d’une Amérique du futur dévastée, cruelle, où des personnages sauvages souvent dénués de toute morale s’affrontent, sans but, dans les décombres d’un monde en déréliction. 

 

Sur le plan technique, une transition importante s’opère lorsque Hermann délaisse la plume pour l’aquarelle. Il développe dès lors une esthétique différente, où la hachure et l’épaisseur du trait cèdent le pas aux masses de couleur et où le travail de lumière, auparavant sculpté avec des rehauts de plume, va se retrouver désormais porté par l’intensité de l’aquarelle. 

 

Définitivement consacré comme une valeur majeure de la bande dessinée réaliste d’aventures et d’action, et toujours habité par la fièvre de dessiner sans relâche, Hermann privilégie à partir des années 90 les one shot (Missié Vandisandi, Sarajevo Tango, On a tué Wild Bill, parmi beaucoup d’autres, pour la plupart publiés chez Dupuis et au Lombard), de plus en plus souvent en tandem avec son fils Yves H., qui prend désormais en charge de nombreux scénarios. Leur collaboration ne fera que se renforcer au l des années puis des décennies, permettant à Hermann de nourrir sa curiosité en explorant sans relâche de nouveaux univers, du thriller aux intrigues géopolitiques en passant par le fantastique, la piraterie, les figures historiques ou les évocations du XXe siècle. 

 

L'auteur, en 2014, avait expliqué qu'il serait « très embarrassé » s'il recevait le Grand Prix, et qu'il le refuserait. La récompense de cette année a été marquée par de sévères critiques sur la liste des nominés fournie par le Festival, qui ne comprenait aucun nom d'auteures.