Histoire de Deadpool, ce psychopathe adorable et hilarant

Florent D. - 25.11.2016

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Trois décennies d’art et d’humour au vitriol, c’est là tout le livre consacré à Deapool, de Matthew K. Manning publié aux éditions Huginn & Muninn (trad. Philippe Touboul). Deadpool, dessine-moi un psychopathe, est un excellent ouvrage, assurément une référence autour du personnage. ActuaLitté, en partenariat avec Disney/Marvel, vous propose de découvrir un bel extrait...

 

 

 

En 1991, Marvel règne en maître sur les ventes de comic books. Une nouvelle génération d’artistes phares est apparue sur la scène, et les fans l’ont remarquée. Todd McFarlane émerveille les lecteurs de Spider-Man avec ses illustrations pleines de dynamisme, qui font quasiment émerger le personnage des pages. Jim Lee apporte un nouveau souffle aux Uncanny X-Men avec un style percutant basé sur un réalisme exagéré. Et les dessins stylisés de Rob Liefeld aident à réinjecter une dose de fraîcheur aux Nouveaux Mutants, série apparentée aux X-Men. 


Rob Liefeld a rencontré son futur collaborateur Fabian Nicieza, un scénariste de talent occupant un poste à plein temps chez Marvel, alors qu’il travaillait pour DC Comics. Avant de collaborer avec Liefeld, Nicieza a gravi les échelons de l’écriture de comics grâce à des titres tels que Psi-Force, New Warriors, La Division Alpha et Avengers. « On cherchait l’occasion de travailler ensemble, déclare-t-il. Quand Bob Harras, le responsable éditorial des Nouveaux Mutants, a décidé qu’il voulait laisser libre cours à l’énergie et aux idées de Rob en lui confiant le scénario en plus du dessin, Rob et Bob sont tombés d’accord sur le fait que je conviendrais parfaitement dans le rôle de rédacteur-dialoguiste. » 


Chez Marvel Comics, Liefeld a d’abord travaillé sur les Nouveaux Mutants avec la scénariste Louise Simonson, et ensemble ils ont créé la version adulte de Cable, le fils grisonnant de Cyclope des X-Men qui n’était apparu qu’enfant dans des histoires plus anciennes. Lorsque l’éditeur Bob Harras choisit de remplacer Simonson par Nicieza, ce changement conduit à la genèse d’une légende des comics : le premier épisode des Nouveaux Mutants mis en dialogues par Nicieza où est introduit le super-vilain le plus célèbre et le plus mémorable à ce jour. 


Deadpool est un tueur à gages, recouvert des pieds à la tête d’une géniale combinaison rouge et noire qui dissimule son identité à ses adversaires. Mais quand ce super-vilain s’en prend à Cable et à ses camarades, ce qui est encore plus frappant que ses techniques de combat, c’est son boniment : Deadpool à la langue aussi affutée que ses lames, et un esprit aussi vif que ses mouvements. 

 

“Deadpool est un étrange super-vilain décalé incapable de se taire.“

 

Le public ne l’a pas su pendant des années, mais Deadpool est en fait un survivant du même programme qui a conféré à Wolverine son squelette incassable en adamantium : une opération secrète baptisée Arme X. Mercenaire alors atteint d’un cancer, Deadpool a tenté d’échapper à la mort en entrant dans ce programme gouvernemental top secret. Il y obtient une durée de vie prolongée, conférée par le pouvoir mutant de régénération greffé à son ADN. Toutefois, lors de sa première apparition dans The New Mutants n° 98 (février 1991), tout cela est encore un mystère, et pour ce qu’en savent les lecteurs, Deadpool n’est qu’un tueur à gages inconnu, doué pour la tchatche. 


C’est Nicieza qui a fait de Deadpool un bavard invétéré, mais c’est Liefeld qui a établi la majeure partie du caractère du personnage. « Rob a gardé le design de Deadpool, ainsi que la base de l’histoire qui le raccorde à la continuité de Wolverine, jusqu’à ce qu’il ait l’occasion de présenter le personnage, explique Nicieza. Je me suis inspiré de ses descriptions : un héros “comme Spider-Man s’attaquant à un tank (Cable)”, mais aussi de mon envie intense de créer une voix originale, qui n’était pas celle qu’on attendait d’un mercenaire, avec une tonalité différente de celle, plus sérieuse, des autres protagonistes de l’histoire. J’ai estimé qu’une attitude sarcastique fonctionnerait bien face à Cable, et les fans ont apprécié leur rencontre brève et fougueuse. » 


Avant tout inspiré de Spider-Man et Wolverine, deux des héros les plus célèbres de Marvel, le personnage est aussi composé d’une troisième source, plus inattendue. Liefeld a grandi en étant fan des Jeunes Titans de DC Comics, et certains éléments de l’aspect de Deadpool reprennent ceux de l’un des principaux adversaires de cette équipe : le féroce mercenaire Deathstroke le Terminator. Même le nom civil de Deadpool, Wade Wilson, est un clin d’œil à celui de Deathstroke, Slade Wilson. Mais lorsque Deadpool fait ses débuts dans les pages des Nouveaux Mutants, quelques bulles de dialogues suffisent aux lecteurs pour se rendre compte que le personnage est une création absolument originale. 


Faisant face à Cable, il prend bien soin de se présenter et de révéler qu’il a été engagé par l’infâme Mr. Tolliver, non seulement pour retrouver le guerrier voyageur du temps, mais aussi pour l’éliminer. Fanfaron et doté d’une attitude décontractée parfaitement incongrue, Deadpool montre à Cable le genre de mercenaire qu’il est en lui déclarant : « Donc quand je vais botter ton vieil arrière-train mécanique, tu ne le prendras pas mal, O.K ? » Au bout de deux pages seulement, Cable comprend ce que le lecteur a déjà deviné : Deadpool est un étrange super-vilain décalé incapable de se taire. Il en fait d’ailleurs la remarque : « ... Tu parles trop. » 


La première intervention de Deadpool est brève, mais intense. Après s’être vaillamment battu contre les Nouveaux Mutants, il est bientôt vaincu par un personnage nommé Domino. Celui-ci arrive sur les lieux de l’action juste à temps pour lui lancer quelques lames aiguisées dans le dos. Le mystérieux mercenaire se retrouve bientôt attaché, bâillonné et renvoyé à Tolliver afin de transmettre à ce dernier un message clair : il est imprudent de provoquer Cable et ses alliés. 


C’est à ce moment que Les Nouveaux Mutants ont commencé à avoir du succès, gagnant un large lectorat. Marvel choisit de capitaliser sur cette réussite en changeant le titre de la série en X-Force, et en en réinitialisant la numérotation. Présentant une équipe d’activistes mutants dirigée par Cable, X-Force offre aux nouveaux lecteurs une porte d’accès facile à son univers. La série débute en août 1991, à peine quelques mois après le 100e et ultime épisode des Nouveaux Mutants. Présenté comme une pièce de collection, X-Force n° 1 est vendu dans un sachet plastique scellé accompagné d’une carte à collectionner gratuite, puis plus tard réédité avec une couverture dorée. Mais par-dessus tout, le titre cimente le partenariat professionnel entre Fabian Nicieza et Rob Liefeld. 

 


Le retour de Deadpool n’est pas seulement une nécessité scénaristique : c’est aussi le résultat de l’incroyable engouement des fans. « Une des choses qui nous fait rire, Rob et moi, au sujet de la “popularité récente” de Deadpool, c’est que quelques jours après la parution de New Mutants n° 98, nous avons reçu une tonne de lettres de fans, explique Nicieza. Environ six fois plus de courrier que ce que recevait le titre habituellement, et pourtant il s’agissait d’une série dérivée des X-Men, qui provoquent toujours une réaction épistolaire supérieure à la moyenne. Comme je travaillais sur place, j’ai attrapé le paquet de lettres dans la salle du courrier et je les ai personnellement lues avant qu’elles ne soient remises aux responsables éditoriaux, et dans les trois quarts de ce courrier, on pouvait lire : “Ce type était marrant, faites-le revenir.” »


Les commentaires des fans ont rapidement conduit à des apparitions récurrentes du Mercenaire provocateur. « Deadpool était représenté sur l’une des cinq cartes à collectionner insérées dans X-Force n° 1, qui s’est vendu à environ 6 millions d’exemplaires, précise Nicieza. Lorsqu’il est apparu de nouveau dans X-Force n° 2, nous l’avons mis en couverture, et ce numéro s’est écoulé à 2 millions d’exemplaires. Tout le monde a très vite été conscient du potentiel qu’avait le personnage. » 


Nicieza et Liefeld travaillent en utilisant la traditionnelle « Méthode Marvel ». Nicieza ne rédige pas un scénario complet avant de le présenter à Liefeld pour qu’il l’illustre (ce qui est la pratique courante). Liefeld développe son histoire au fur et à mesure qu’il la dessine. « J’attendais les crayonnés de Rob, accompagnés de ses notes expliquant l’histoire, puis nous développions l’épisode ensemble avant que je rédige les textes et les dialogues, explique Nicieza. Les délais étaient en outre très serrés, du coup les choses étaient assez chaotiques, intenses, mais pleines d’énergie. » 

 

Le Mercenaire provocateur aide non seulement à faire revenir les ennemis des X-Men, Black Tom Cassidy et le Fléau, dans le cinquième épisode, il parvient également à vaincre le héros mutant Shatterstar dans le onzième, prouvant à nouveau sa redoutable efficacité. Matthew K. Manning


X-Force n° 2 paraît en septembre 1991, présentant pour la première fois Garrison Kane (également nommé l’Arme X), et les premiers indices des origines de Deadpool. Dans cet épisode, le mercenaire est réengagé par Tolliver, cette fois pour dérober de précieuses données informatiques japonaises. Tout en affrontant Kane, Deadpool révèle quelques bribes d’informations personnelles, notamment qu’il méprise le programme Arme X et l’organisation à laquelle il est rattaché, le Département H. Les fans des X-Men reconnaissent immédiatement ces institutions gouvernementales familières, apparues dans l’histoire des origines de Wolverine. Il est pour la première fois clairement suggéré que Deadpool aurait un passé commun avec le célèbre mutant félin et qu’il serait aussi le résultat d’une expérience du sinistre programme de l’Arme X. 


Même si X-Force continue à être populaire, la forte exposition médiatique n’a à l’époque que peu d’impact sur Nicieza : « Il faut vous rappeler que durant cette période, j’écrivais six ou sept titres et que les ventes moyennes de ces séries tournaient autour d’1,5 million d’exemplaires, donc même si X-Force était un succès, ce n’était pas la seule chose qui générait des revenus importants pour Marvel. »


Mais il demeure difficile d’ignorer la renommée de Deadpool. Le mutant continue d’apparaître dans les pages de X-Force, menant de violentes missions pour le compte de son employeur Tolliver. Le Mercenaire provocateur aide non seulement à faire revenir les ennemis des X-Men, Black Tom Cassidy et le Fléau, dans le cinquième épisode, il parvient également à vaincre le héros mutant Shatterstar dans le onzième, prouvant à nouveau sa redoutable efficacité. Ce n° 11 dévoile aussi un peu plus le passé de Deadpool : Domino, membre de X-Force, se révèle être la polymorphe Copycat, c’est-à-dire son ancienne petite amie Vanessa Carlysle. Une autre pièce du puzzle complexe qu’est Deadpool est dévoilée lorsque cette dernière révèle que le véritable prénom de celui-ci est Wade. 

 

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Deadpool poursuit son existence chez Marvel, mais Rob Liefeld laisse bientôt sa création derrière lui, et part cofonder la société Image avec d’autres géants des comics, dont Todd McFarlane. Nicieza reste cependant sur le titre X-Force, assurant que la voix de Deadpool reste consistante même si les artistes qui présentent ses exploits varient. Greg Capullo devient bientôt le nouveau dessinateur régulier du titre, et aide Nicieza a faire des révélations sur Vanessa, le pouvoir de régénération de Deadpool et ses talents pour la téléportation, ainsi que sur les implications de la mort de Tolliver, et le Mercenaire provocateur se retrouve soudain privé de son principal client.

 

Le personnage de Deadpool commence à prendre réellement forme et à se complexifier, mais il devient également clair qu’un titre dévolu à une équipe comme X-Force ne laisse pas à Nicieza la place nécessaire pour explorer à loisir le passé du soldat. Il est temps pour Deadpool d’acquérir son propre titre. 

 

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