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Huberty & Breyne Gallery met la BD sud-africaine à l'honneur avec Bitterkomix

Antoine Oury - 03.02.2017

Manga/BD/comics - Univers BD - Huberty & Breyne Gallery - BD Afrique du Sud - Bitterkomix


À l'occasion de la Foire Art Paris, organisée du 30 mars au 2 avril 2017, Huberty & Breyne Gallery, pour sa 4e participation à l'événement, met à l'honneur la bande dessinée sud-africaine. Alain Huberty et Marc Breyne, pour répondre à la thématique annuelle autour du continent africain, mettront en avant l'œuvre d'Anton Kannemeyer et Conrad Botes, fondateurs de la revue d'avant-garde Bitterkomix.

 

Couverture de Bitterkomix n°17 par Anton Kannemeyer et planche de Conrad Botes

 

 

Créée en 1992 par ces deux artistes originaires du Cap, Bitterkomix (littéralement bande dessinée amère) est une publication engagée politiquement, longtemps censurée. Dans un registre trash et volontairement provocateur, elle illustre avec cynisme les dérives de la société sud-africaine et les bouleversements nationaux tels que l'abolition de l'apartheid. À travers une sélection de planches originales corrosives, l'accrochage revient sur l'histoire de ce magazine aujourd'hui devenu culte sur tout le continent, présentées aux côtés d'œuvres récentes des artistes.

 

Parallèlement, Alain Huberty et Marc Breyne poursuivent le dialogue initié entre la Bande Dessinée et l’Art contemporain, en présentant une sélection de toiles aux allures de cases géantes hommage à la Bande Dessinée franco-belge. On pourra également découvrir sur le stand E24, les dernières créations des artistes emblématiques de la galerie tels François Avril, Dominique Corbasson, Jean-Claude Götting, Jacques de Loustal ou encore Miles Hyman.

 

Acteurs engagés de la protestation anti-militaire et anti-apartheid, Conrad Botes et Anton Kannemeyer désertent leur service militaire alors obligatoire au profit d'études artistiques, à l'issue desquelles ils créent Bitterkomix. La première revue underground aux accents punk trash du continent, dans laquelle ils dénoncent la brutalité, la haine et la répression ayant cours en Afrique du Sud. Ils tordent le cou à la société afrikaner avec leurs dessins outrageusement provocateurs et violemment sexuels. Les deux auteurs mettent sous les yeux du lecteur des scènes volontairement obscènes, dérangeantes et déroutantes pour déclencher une prise de conscience collective et faire sauter les tabous sur les dysfonctionnent du système alors en place et l'héritage postcolonial.

 

Créée peu après la libération de Mandela et alors que l'apartheid était encore en vigueur, la revue ne s'arrête pas pour autant de sévir lors de son abolition et continue de passer au vitriol la communauté blanche ainsi que l'hypocrisie de l'African National Congress. Bitterkomix saisit la persistance des carcans moraux et idéologiques au-delà de la réconciliation et de la pacification de la Rainbow Nation.

 

Inspirés par la Bande Dessinée contestataire des années 70 tels que les collectifs français Métal Hurlant ou Bazooka, la revue dérange, choque. Le dessin est obscène, parce qu'il représente ce qui ne devrait pas l'être, et d'une façon délibérément insupportable, Kannemeyer et Botes fouillent, dénoncent et mettent à jour l'inavouable. Ils juxtaposent des récits historiques à des scènes oniriques surréalistes et détournent les codes. Les visions postcoloniales présentées dans les grands classiques de la BD franco-belge en prennent pour leur grade. Hergé et son Tintin au Congo en tête, qui correspondaient à la vision de l'Afrique de l'époque, soit un lieu exotique, sauvage, dangereux et primitif. 

 

 

Ces deux détracteurs de la société afrikaner sont devenus des auteurs cultes et leur notoriété dépasse les frontières. Outre leur implication dans l'univers de la Bande Dessinée, Conrad Botes et Anton Kannemeyer explorent également des chemins plus personnels d'un point de vue graphique sur des supports très variés : toiles, illustrations, planches ou encore multiples.

 

Leurs œuvres ont été présentées dans des centres d'art internationaux comme le Musée Louisiana d'Art Moderne au Danemark, ou encore la Gaité Lyrique à Paris en 2015. Des publications consacrées à leur travail ont également vu le jour en France. Pour Art Paris, une sélection de planches originales liées au projet Bitterkomix, côtoieront des peintures grand format ainsi que des illustrations et des sérigraphies récentes. Offrant ainsi un panorama complet de la production de ce duo d'artistes multidisciplinaires.