Ils débarquent : des Monstres sortis d'un imaginaire brésilien

Florent D. - 10.02.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Gustavo Duarte - monstres invasion - catastrophe fin monde


Le monde se divise souvent de manichéenne façon en deux catégories : ceux qui connaissent Godzilla, et ceux qui en sont revenus. Pour ces derniers, le monde se divise alors en deux sous-catégories : ceux qui connaissent déjà le travail de Gustavo Duarte, et ceux qui vont le découvrir. Bienheureux, ami, si tu figures dans l'une ou l'autre. Aujourd'hui, je t'apporte une vague de bonheur visuel. Du pur plaisir pour les yeux.

 

 

 

 

 

Duarte est un auteur brésilien, qui n'aura pas la chance d'être l'un des invités d'honneur du Salon du livre de Paris. Qu'importe : les éditions Paquet ont décidé de faire paraître son ouvrage, Monstres ! Et si plusieurs de ses compatriotes le considèrent comme l'un des plus grands dessinateurs du Brésil, le lecteur modeste devra reconnaître qu'avec ce titre, il en impose une fois, et une autre.

 

Le Japon, coutumier des créatures les plus étranges, sorties de la mer, est délaissé le temps d'une grande aventure : foin de Godzilla et autres grands lézards, ici, on trouve du monstre, du vrai, du gigantesque, et plus encore. Mais c'est dans une petite ville, située non loin de São Paulo, au Brésil, qu'ils ont choisi de débarquer : Santos, ville en bordure d'océan, va être le théâtre d'une invasion monstrueuse.

 

Tout débute par une inoffensive partie de pêche, avant que n'émerge des eaux une créature aux dents bien affûtées. Et une autre, aux infinis tentacules. Et une autre encore, sorte de tortue à la carapace blindée... En somme, le film d'horreur catastrophe en puissance. Et le tout, dans un silence absolu : pas une bulle, pas un texte, juste du dessin fort, avec une ligne fine, qui donne plus de puissance encore à l'apocalypse qui s'approche.

 

Au milieu de la population en pleine crise, un homme, âgé, dans un bar. Il attend les clients, mais apprend par la radio que le débarquement est en cours, que la ville est attaquée. Alors, patiemment, méticuleusement, il prépare une décoction secrète, avant de se lancer à l'assaut des monstres.

 

Attention, ami : ici, nulle violence gratuite, et à quelques destructions de bâtiments près, on serait plutôt dans un ouvrage jeunesse, presque bon enfant. Tout cela se passe effectivement en silence, ce qui apaise le lecteur, mais avec une simplicité déconcertante. Et ces couleurs blanc, noir et vert participent plus encore à créer une sérénité irréelle. Pas un cri, ici, on ne s'épuise pas en effets spéciaux : on prend les choses au sérieux, avec calme.

 

Et le résultat est spectaculaire : l'affrontement épique vire à la guerre des seringues (... quelle rigolade !) et on règle le problème sans même qu'il ait vraiment commencé. Ceci, mon ami, est un petit bijou, une perle rare, non parce qu'elle vient de la mer, ou d'un quelconque mollusque bivalve. Non : c'est la tendresse en total décalage avec la dimension catastrophiste qui fait fondre. Le tout avec une note d'humour, comme un trait de citron pour déguster une huître fraîchement pêchée. 

 

Le bonheur, vous dis-je !

  

Retrouver Monstres !, de Gustavo Duarte en librairie