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Izneo et comiXology : la "politique du fait accompli" pour l'auteur

Nicolas Gary - 18.04.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - auteurs de BD - accord-cadre - monde de l'édition


Qu'adviendra-t-il des créations produites par les auteurs de BD ? Deux événements survenus à quelques semaines d'intervalle ne manquent pas d'attirer l'attention du SNAC BD, le syndicat des auteurs. Selon eux, « l'impact est probablement plus considérable, à terme, qu'il n'y paraît ». Et ces deux informations sont l'offre illimitée d'izneo et le rachat de comiXology par Amazon.

 

 

Cultura 4 Temps - La Défense

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Sur le second point, ActuaLitté a consacré plusieurs articles pour tenter d'éclairer sur l'importance de ce rachat. Parmi les enjeux, le format propriétaire chez chacun des distributeurs numériques, le service d'auotpublication et bien entendu, le programme entre librairies indépendantes et comiXology. 

 

Depuis sa création en 2007, comiXology a su progressivement conquérir des parts de marché. Si la littérature numérique représente 25/30 % des ventes aux USA, la BD numérique tourne, elle, autour de 11/12 %, mais, nous précisait un acteur du marché, durant la Foire de Londres, « ce domaine est trusté quasi exclusivement par comiXology. Et il suffit de penser aux différentes applications que la société a réalisées pour les éditeurs de comics. Marvel, par exemple, est réalisé par eux. C'est un acteur particulièrement dominant, et qui est très fort, parce que talentueux sur ce marché, incontestablement. À ceci près qu'ils sont sur un format propriétaire ». (voir notre actualitté)

 

L'autre point, c'est l'offre illimitée d'izneo, qui pose d'autres questions pour les auteurs. Pour 9,90 €, l'offre Abo BD illimitée propose donc de puiser dans les ressources de la plateforme, sans restrictions. Le SNAC dégaine : « Les éditeurs concernés n'ont pas jugé bon d'en avertir leurs auteurs, et on les comprend : cette offre n'a fait l'objet d'aucune préparation ni information concernant la rémunération des auteurs, et à ce jour nous ne savons pas comment celle-ci est calculée, selon quelles clés de répartition, suivant quelles modalités... » 

 

Il faudra donc que les auteurs prennent leur plus belle plume, et fassent en sorte d'obtenir les renseignements auprès de leur éditeur. Surtout que le modèle économique de l'offre illimité avec abonnement mensuel n'a toujours pas démontré sa viabilité pour les créateurs, rappelle le SNAC. Pour mémoire, 1,5 million d'écoutes pour un créateur rapporte un Smic net.

 

Entre ces deux annonces, le SNAC ne balance pas vraiment. Les auteurs se retrouvent en effet face à « une politique du fait accompli », alors que les usages évoluent très rapidement, et que « la rapidité de ces changements induisent une réactivité des acteurs concernés ». Et de revenir sur un élément essentiel : le contrat auteurs-éditeurs, dont l'accord-cadre a été signé en mars 2013 doit être, n'est toujours pas transcrit dans la loi, « ce qui laisse la voie ouverte à toute liberté d'interprétation ».

 

Effectivement, « aucune des garanties durement et longuement négociées ne sont acquises », et surtout, pas de chance : le projet législatif avait été intégré avec un cavalier dans la loi Vente à distance de livres, dite loi Amazon, qui fait l'objet d'un avis circonstancié émis par l'Europe et l'Autriche. En effet, la France ayant oublié de notifier l'Union européenne précédemment, il a fallu le faire en urgence - et provoquer un retard obligatoire. L'ordonnance liée à l'accord-cadre devra donc encore prendre patience…