Iznéo, une 'avancée structurée', qui impressionne les Japonais

Clément Solym - 25.04.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - bd - numerique - izneo


Pour son 25e anniversaire, la maison éponyme de Guy Delcourt montre plus qu’une bonne santé : 60 salariés, 400 titres chaque année, 26,5 millions € de CA, une belle diversité. Parties de l’humour et du fantastique, les éditions Delcourt sont aujourd’hui présentes sur tous les pans, depuis la jeunesse aux manga, en passant ‘partout’...

Aujourd’hui, le regard du fondateur sur le secteur est plutôt serein : la stagnation que l’on connaît depuis deux ans n’est qu’un des multiples paliers. Le marché « va se régénérer, mais il faut un peu de temps. Il n’y a pas de raison d’être alarmiste : en réalité, le marché de la bande dessinée rejoint les rythmes du marché du livre en général qui se contracte ».

Ce qui a tout de même incité l’éditeur, en vue de son anniversaire, à diminuer les budgets de communication.

L'aventure Iznéo

Or, depuis quelques semaines désormais, Delcourt fait également partie des acteurs de la plateforme Iznéo, aux côtés de nouveaux arrivants comme Casterman, Bamboo. (notre actualitté)  Pour Guy Delcourt, le secteur BD doit avancer « de manière structurée », dans cette aventure qui se confirme - et c’est « le sens d’Iznéo, qui permet de préserver le rôle de l’édition, de relever le rapport de force avec les énormes acteurs américains du marché numérique qui ne sont ni gentils ni bienveillants, et qui veulent d’ailleurs éviter le prix unique du livre numérique et remettre en cause le prix unique livre imprimé ».


Et d’assurer que « les Japonais sont très impressionnés » par cette avancée. Pour l’heure, un seul titre est disponible sur la plateforme, Walking Dead, simplement parce que... les discussions avec les auteurs se poursuivent. S’il assure que d’autres titres arriveront d’ici l’été, Guy Delcourt souligne surtout que pour certains titres, deux versions existeront : l’une papier, l’autre, avec un enchaînement complètement différent, comme pour le titre Trois secondes de Marc-Antoine Mathieu.

Auteur, faut qu'on cause

A ce titre, une nécessaire pédagogie est à l’oeuvre : « Le décalage entre l’ampleur des enjeux et le niveau pour l’instant dérisoire du marché nous met en porte à faux vis-à-vis des auteurs. » Attentions cependant aux guerres intestines : d’abord, que les auteurs prennent conscience des dangers pour eux à quitter leur éditeur, en dissociant droits papier et numériques.

« En revanche, il est légitime de discuter de leur rémunération et d’introduire dans les contrats des clauses de rendez-vous. Nous avons pris le parti d’effectuer les calculs sur la base du prix public hors taxe, ce qui constitue une garantie forte pour les auteurs. Mais, quitte à le réviser d’ici trois ans, nous sommes favorables à l’application au numérique du même taux que pour le papier, car, pour l’instant, le numérique nous coûte plus cher. » Propos déjà plusieurs fois confirmés par Louis Delas, patron de Casterman, dans nos colonnes.

Des coûts et des coûts

Selon lui, l’arrivée dans un marché numérique et les coûts engendrés sont largement sous-estimés. « Nous ne sommes pas seulement en concurrence avec les autres livres, mais avec tous les produits numériques. » Et dans ce contexte, se faire une place parmi l’offre globale n’est pas évident.

Ce qu’il est important de rappeler, c’est que voilà onze ans, les grands éditeurs annonçaient l'arrivée de leur catalogue complet en version numérique pour 2001 ou 2002. Trois mois après l'éclatement de la bulle Internet, les employés de leurs départements numériques étaient gentiment remerciés, et les projets mis au placard...

Entretien à retrouver dans le numéro 862 de Livres Hebdo.