“J’ai réalisé que les histoires réelles sont plus riches que l’imaginaire”

Auteur invité - 23.07.2019

Manga/BD/comics - Univers BD - Sylvain Savoia - bande dessinée raconter - Petit Pays BD


RENCONTRE – « Je dessine depuis toujours. On commence toujours par s’exprimer par le dessin avant de trouver une autre passion. Moi, j’ai continué à dessiner. » À 49 ans, Sylvain Savoia accomplit un rêve d’enfant avec la maturité de celui qui a toujours su où il voulait aller. 



C’est avant tout pour raconter des histoires qu’il s’est tourné vers la bande dessinée. « Mon imaginaire a été nourri de nombreuses lectures de jeunesse », explique le dessinateur rémois d’origine et aujourd’hui installé dans l’Aisne. 

Bac littéraire en poche, il intègre l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, dont il ne garde pas un très grand souvenir, si ce n’est l’opportunité de rencontrer, dans la capitale belge, des auteurs et des libraires spécialisés.

Les premières publications tombent, en collaboration avec Jean-David Morvan au scénario. Après un premier album, Reflets perdus, ils lancent ensemble Nomad chez Glénat, une saga de cinq albums dans l’univers de la cybertechnologie, et Al’Togo (Dargaud), qui suit un europolicier au fil de ses enquêtes internationales. « Cette série de politique fiction m’a amené à m’intéresser au monde actuel et à me confronter à la réalité », explique Sylvain Savoia.

La rencontre avec sa compagne Marzena Sowa, scénariste polonaise de bandes dessinées, va être déterminante. Ensemble, ils sortent, entre 2015 et 2017 chez Dupuis, la série Marzi, qui raconte l’enfance de la jeune femme dans la Pologne des dernières années du régime communiste. « J’ai réalisé que les histoires réelles sont plus riches que l’imaginaire, témoigne l’auteur. Dans la fiction, on a tendance à inventer des personnages très manichéens. J’ai envie de raconter le monde, pas de créer des héros. »
 
Le fait de s’adresser à un lectorat plus jeune a aussi changé la donne. « Je m’ennuyais un peu à dessiner pour le public ado-adultes. On fait des choix plus drastiques pour le jeune public. On s’interroge sur les raisons qui nous poussent à raconter une histoire et à témoigner du monde. J’arrive à un âge où je me sens responsable. » 

C’est sans doute cette conscience aiguë du monde qui a poussé Sylvain Savoia à se consacrer à une histoire oubliée et repérée par un entrefilet dans un journal : celle d’esclaves malgaches naufragés sur une île déserte en 1791 et abandonnés à leur triste sort par l’équipage d’un navire négrier qui reprit le large. Une équipe d’archéologues est partie en 2008 sur leurs traces et le dessinateur l’a accompagnée.

Cette expérience a nourri le bel album Les esclaves oubliés de Tromelin, sorti en 2015 et dont les planches seront présentées à partir du 13 février 2019 au Musée de L’Homme à Paris, lors d’une exposition retraçant l’expédition. L’aventure personnelle du dessinateur et celle d’une jeune esclave s’entremêlent dans un récit sensible porté par un trait très figuratif.

« J’aime changer de style suivant les univers et adapter le dessin à l’émotion et l’histoire », précise Sylvain Savoia, qui travaille déjà à de nouveaux projets, dont l’adaptation en bande dessinée du roman de Gaël Faye, Petit Pays. À surveiller de près. 
 
Marie-Laure Fréchet
   


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