Japon : influence et popularité du manga sur le cinéma

Clément Solym - 06.07.2013

Manga/BD/comics - Univers Manga - Japon - industries culturelles - cinéma


L'industrie du divertissement au Japon a connu un véritable boom dans le domaine de la production cinématographique. En 2012, 554 films ont été produits, soit plus du double de ce que l'on pouvait observer entre 1950 et jusqu'à la fin des années 90. L'université de East Anglea, basée à Norwich, vient de se pencher sérieusement sur ces données, pour comprendre les raisons d'un pareil enthousiasme...

 

 

P1170305 manga Kyoto Japan

K.rol2007, CC BY 2.0

 

 

Le Manga to Movies Project, dont le but est d'explorer dans l'industrie les différentes pistes de valorisation et promotion, sur le territoire ou à l'étranger, se consacre donc à l'étude de trois secteurs : le manga, le film et l'anime. Trois domaines qui sont particulièrement populaires et selon les données de l'organisation c'est l'interaction entre le manga et les différentes adaptations qui ont stimulé le marché du cinéma. 

 

Rayna Denison, de l'UEA, école d'étude du film, de la télévision et des médias, s'accorde à dire que c'est en s'appuyant sur les mangas, que l'industrie du film s'est développée. D'autant, souligne-t-elle, que nombre de séries télé sont originellement inspirées de manga, justement.

 

En outre, l'étude de l'UEA a pris en compte le fait que le tremblement de terre de mars 2011 a provoqué la destruction d'une centaine de salles de cinéma. Dans les régions touchées, il ne restait qu'une trentaine de salles en mesure de proposer des films. Mais de nouvelles habitudes se sont créées et des espaces de projections nouveaux sont apparus. 

 

On note également que des réalisateurs comme Akira Kurosawa et Ozu Yasujiro ont aujourd'hui un regain d'intérêt de la part du public. De même, le cinéma d'horreur connaît toujours une très forte popularité... 

 

Mais, contrairement aux manga et anime qui peuvent être aisément traduits pour assurer l'export, la distance entre l'image des films et leur réception par un public étranger serait trop grande. Le cinéma japonais résisterait au changement, avec un penchant national encore trop marqué pour assurer sa plus large diffusion. 

 

 

les films japonais ont doucement repris une part importante

du marché local, depuis 2006, et concurrencent

désormais les grands blockbusters d'Hollywood

 

 

Si le langage reste encore un élément important dans le marché du divertissement japonais, alors le secteur restera très limité. Pourtant, il ressort de l'étude que les producteurs seraient de plus en plus disposés à dépasser les frontières de leur pays, et prêts à se tourner vers les marchés culturels mondiaux. 

 

« Ce qui est moins connu, c'est que les films japonais ont doucement repris une part importante du marché local, depuis 2006, et concurrencent désormais les grands blockbusters d'Hollywood », précise l'auteure de l'étude, le  Dr Rayna Denison. 

 

Parmi les autres remarques, l'organisation remarque que les magazines hebdomadaires proposant des anthologies de manga, en prépublication, sont en déclin - et à l'étranger, semblent déjà être remplacés par des versions numériques. De son côté, le Japon est plus mitigé sur les approches mixées de papier et numérique. 

 

 

 Marché du manga au Japon

 

 

Ainsi, aucune solution numérique pour la lecture n'a encore été prise en compte par l'industrie japonaise. Le pays manque encore d'un moyen pleinement satisfaisant pour faire du manga numérique un marché rentable. Pourtant, les possibilités d'expansion sur les marchés extérieurs sont nombreuses, et offrent de forts potentiels de développement. 

 

En revanche, l'étude montre que le secteur du tankōbon, un recueil de chapitres de manga, publiés sur papier de qualité, contrairement aux magazines reste un marché stable, dans le territoire. En revanche, les ventes ont fortement diminué à l'export, ce qui a provoqué la fermeture de plusieurs sociétés transnationales, et motivé le développement de la vente en ligne. 

 

En 2011, le marché du manga était estimé à 390 milliards ¥, avec 57,7 % accordés au tankōbon contre 42,3 % auix magazines. Mais depuis les 15 dernières années, c'est une perte de 33 % qui est constatée, avec pour seule exception, un pic de croissance en 2001.

 

La croissance du manga numérique est en revanche évidente : avec 3,4 milliards ¥ en 2005, on est passé à 62,9 milliards ¥ en 2011.