Jirō Taniguchi se dit conscient de l'mpact de ses dessins

Julien Helmlinger - 26.01.2015

Manga/BD/comics - Univers Manga - Jiro Taniguchi - Mangaka - Angoulême


Cette année, le mangaka Jirō Taniguchi fait partie des invités du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, qui se tiendra du 29 janvier au 1er février. Depuis Tokyo, avant de s'envoler pour la France, il a accordé un entretien à l'AFP. L'occasion pour lui de donner son propre avis sur les questions de liberté d'expression qui agitent le pays depuis l'attentat perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo. L'artiste estime que la culture japonaise l'a naturellement incité à « avoir à l'esprit l'effet de ses dessins sur autrui ».

 

 

Crédits : Casterman

 

 

À propos de la liberté d'expression, Jirō Taniguchi a confié : « Je ressens le poids ou le pouvoir d'influence des images que je réalise. [...] L'humain est un animal pour qui le sens visuel réagit le premier, les mots et l'analyse viennent ensuite. Le manga s'adresse d'abord à la vue, si bien que le dessin peut aussi être mal interprété et garder seulement son impact premier et faussé. »

 

« Je sais la puissance expressive du dessin et ses risques, c'est pourquoi j'ai aussi toujours fait mon possible pour le manier avec précaution en ayant toujours à l'esprit l'impact que peut avoir mon histoire et ma façon de dessiner sur certaines personnes », précise l'auteur qui se voit dédier une exposition-hommage, « Jirō Taniguchi, l'homme qui rêve », à Angoulême à partir de jeudi.

 

Lui-même pense ne jamais rien s'être interdit en son art, mais soutient qu'il faut « réfléchir à ce que l'on fait et à ses effets, qu'il faut, avant de dessiner, étudier tout sujet que l'on traite, se cultiver, savoir le mieux possible les tenants et aboutissants de la question qu'on aborde ». Une précaution à laquelle il se sent naturellement invité par la culture japonaise.

 

Selon le mangaka, le débat du moment à propos de la liberté d'expression « est sans doute une notion fortement liée à l'histoire française, à l'éducation française, et qui est un peu différemment perçue au Japon où l'attitude est plus ambiguë. La question même de ce qu'est la liberté individuelle et la responsabilité qui en découle est posée ».

 

Et le Japonais assure y réfléchir. Il admet qu'un dessin peut influer sur les événements, et pense que le contraire est également possible. Il imagine qu'il faut un certain temps avant de pouvoir constater l'impact, et imagine que, sans le séisme de mars 2011, il n'aurait peut-être pas donné une telle place au Grand tremblement de terre de 1923 dans son manga Elle s'appelait Tomoji.

 

À l'origine, cet élément ne devait pas se trouver dans son histoire, mais l'artiste a été profondément marqué par la tragédie qui a coûté la vie à plus de 18.000 personnes en mars 2011. Il avait même songé à abandonner son métier, mais les fans à travers le monde, et notamment les Français, l'en ont dissuadé. Comme il venait de vivre un séisme, il a eu envie de l'intégrer au scénario.

 

Il s'est confié quant au succès de ses œuvres, au rang desquelles Au temps de Botchan, Quartier lointain, Le gourmet solitaire, Mon année ou plus dernièrement Les gardiens du Louvre, qui attirent un lectorat hétéroclite. « En général, je n'ai pas de lectorat particulier en tête quand je crée une histoire. Si je me représente un lecteur, c'est le plus souvent un Japonais de mon âge, un sexagénaire à qui sont à priori destinés les magazines dans lesquels mes mangas sont publiés en feuilleton. En France, mes histoires paraissent en livres et le lectorat est plus large. »

 

À travers l'Hexagone, Jirō Taniguchi confie avoir souvent été surpris de voir des enfants lui demander une dédicace en lui disant avoir bien aimé Quartier lointain. « Peut-être est-ce parce que je traite des sujets variés, mais aussi parce qu'ayant été fortement influencés par la bande dessinée occidentale, mes livres comportent quelque chose que le lectorat français trouve familier », conclut-il.