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Joann Sfar évoque le malaise des auteurs BD dans sa chronique

Julien Helmlinger - 20.06.2014

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Près de 750 dessinateurs et auteurs BD, dont les cotisations retraite devraient augmenter à partir de 2016, se sont insurgés par le biais d'une lettre ouverte adressée mardi à la Ministre de la Culture. Si Aurélie Filippetti n'entend pas leurs revendications, les artistes promettent de redoubler d'actions au mois de septembre. Ils dénoncent la précarisation de leur profession et demandent l'annulation de la hausse de cotisation. Joann Sfar, au rang des signataires, s'est exprimé dans le cadre de sa chronique sur France Inter.

 

 

Creative Commons - France Inter 

 

 

Alors que le gouvernement Valls se trouve également aux prises avec les revendications des intermittents du spectacle, Joann Sfar dresse son parallèle : « Il y a plein de dessinateurs qui essaient de se bagarrer pour que leur métier ne soit pas trop pourri, par rapport à la facon dont la loi les considère. Chaque année il y a les intermittents du spectacle qui se plaignent parce qu'ils ont peur de perdre leurs avantages. Les dessinateurs n'ont pas ça. »

 

En effet, rappelle-t-il, les dessinateurs ne bénéficient pas de congés payés. Ils n'ont pas de chômage, pas d'assurance maladie. En somme, ceux-ci n'ont que des dessins, soit ils les vendent, soit ils n'en tirent aucune rétribution pécunière. « Tout le monde s'en fout parce qu'un dessinateur ça bloque pas les routes. A la rigueur ça peut vous niquer 5 minutes sur France Inter mais ça peut pas faire grand chose d'autre. »

 

Pour lui, « cette profession est tout simplement en train de mourir. Bien avant ma génération, un dessinateur ça pouvait vivre normalement sans même vendre des millions d'albums, la plupart des dessinateurs vivaient normalement. »

 

Mais Joann Sfar rapelle qu'entre temps l'animation a connu un effondrement. Une profession qui ne comportait que quelque 300 dessinateurs en compte désormais des milliers, qui, plutôt que de faire de l'animation, se sont parfois rabattus sur la BD. Donc les publications ne manquent pas, mais les lecteurs ne consomment pratiquement plus que les best-sellers.

 

Le dessinateur explique également que par le passé les artistes pouvaient encore travailler dans les journaux, mais que ceux-ci « ont disparu, ma génération est arrivée au moment des albums triomphants, donc on est devenu un peu comme des auteurs de littérature. C'est à dire qu'on est payés en fonction des ventes de nos livres et rien d'autre. N'imaginez pas le moindre truc de sécurité sociale, ou de protection ou de machin, rien. »

 

Il pointe amèrement  le fait qu'aujourd'hui ce sont des artistes reconnus dans la profession qui sont obligés de prendre la décisions d'arrêter la BD pour des questions de « survie ». Parmi les signataires de la lettre ouverte à la ministre, on retrouve notamment Riad Sattouf, Christophe Blain, Philippe Geluck, Jacques Tardi, Enki Bilal, et Pénélope Bagieu parmi d'autres. (via FranceInter)