Justice : Tintin au Congo, une simple image de l'époque

Clément Solym - 05.05.2010

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Définitivement, l'affaire Tintin, initiée par le Congolais Bienvenu Mbutu Mondondo fait du bruit. Au point que l'éditeur Casterman est intervenu à une semaine du passage en justice, le 12 mai prochain, a précisé Valérie Constant. La maison a été assignée « en tant qu'éditeur et que distributeur » et fait face à l'accusation de racisme du plaignant.

Ce dernier réclame « que l'album soit retiré de la vente ou à défaut qu'un avertissement y soit inséré », estimant - mais ce n'est pas nouveau - que l'album offre une présentation des Africains insultante. La même affaire a actuellement cours en Belgique, reposant sur les mêmes motifs.

« Pour les enfants qui lisent cet album, le Congo c’est ça. Ça peut consolider les préjugés envers les Congolais. En Belgique, certains gardent de nous une vision caricaturale ». La plainte déposée en France faisait suite à cette première, M. Mondondo espérant faire accélérer la justice sur la question.

« Il n'est pas admissible que Tintin puisse crier sur des villageois qui sont forcés de travailler à la construction d'une voie de chemin de fer ou que son chien Milou les traite de paresseux » a toujours clamé Bienvenu.

Cependant, l'éditeur français ne compte pas plier si facilement. « La position de Casterman est de s'opposer au retrait. Cela fait 80 ans que cet ouvrage, qui n'est qu'une photographie de sentiments de l'époque, est distribué aussi bien en Europe qu'en Afrique, sans causer de problèmes. » En qualité de « patrimoine mondial de la bande dessinée », on ne peut en effet passer Tintin au crible d'une vision contemporaine, oubliant qu'il ne s'agit avant tout d'un reflet de l'ambiance de l'époque.

Du reste, l'avertissement que souhaite M. Mondondo, ne peut s'insérer si facilement. La décision touche en effet « au droit moral des ayants droit », et dépend donc de la société Moulinsart, dirigée par Nick Rodwell, mais également de la veuve de Hergé, Fanny Rodwell.

En Belgique, la justice doit aujourd'hui rendre son avis sur la demande de référé qui a été faite. La version anglaise que Bienvenu exhibait durant le procès porte manifestement déjà cette bandelette : « Pourquoi n'est-ce pas le cas des versions française et néerlandaise ? »