Kerouac, Ginsberg, Burroughs, et les autres : The Beats

Clément Solym - 11.12.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - Beat generation - anthologie - Kerouac


C'est l'histoire d'hommes, comme rarement on en connut. Des types louches, pour certains, touchants pour d'autres, mais tous ayant eu l'envie de découvrir autre chose que cette vie. On les a sûrement traités de marginaux dans cette belle époque de l'après-Guerre. Les années 50 ont pourtant donné naissance à un nouvel univers créatif et littéraire, la Beat generation. 

 

Ils sont près d'une vingtaine de scénaristes et dessinateurs à avoir décidé de mettre dans un roman graphique toute cette histoire de Beat, le tout proposé en français dans une traduction de Lydie Barbarian, ancienne journaliste Rock de Libé. Vingt chapitres, pour passer toute la génération en revue, avec du bon - au moins dans l'esprit - et du moins bon. 

 

En fait, l'idée est chavirante : retrouver les Kerouac, Ginsberg et consorts - et surtout, surtout, Burroughs, le fou, sorte d'Arthur Rimbaud à l'envers, qui finit en étant auteur, après avoir commencé sa vie en étant truand... - bref, toutes les figures de la Beat generation, c'est un plaisir. 

 

On attaque d'ailleurs avec Kerouac, pour rendre hommage à l'homme qui donna ce nom au mouvement. Une justice rendue, autant qu'une plongée dans les préoccupations symptomatiques de ces jeunes. C'est tout un univers à découvrir, avec des histoires véritablement folles - quoique là encore, celle de Burroughs (voir illustration) parvient à décrocher le pompon. 

 

The Beats, ces créateurs qui ont alimenté le mouvement, ne sont pas simplement des jeunes en recherches de drogues ou de dépassement : ils ont voulu écrire une société autre. Ils sont finalement tombés dans une période d'entre deux guerre, celle de 39 étant finie, et celle du Vietnam les frappant de plein fouet. 

 

Graphiquement, le choix du noir et blanc est tout à fait compréhensible, et même légitime. Cela neutralise le récit, et fixe l'ensemble des acteurs dans une atmosphère commune. Et puis, la continuité entre les uns et les autres n'étant pas toujours évidente, de toute manière, les changements graphiques font varier les plaisirs. Là, les goûts et les couleurs ne se discuteront pas. 

 


C'est au niveau scénaristique que l'on retrouve les détails les plus gênants. En fait, si les phases narratives sont instructives et souples, les citations que l'on met dans la bouche de tel ou tel sont discordantes. D'ailleurs, certains passages sont des morceaux de sa vie que le personnage raconte, particulièrement maladroits. Des incises dans le récit historique des faits qui font sortir le lecteur - avec plus de facilité encore du fait de certaines traductions maladroites elles aussi, ou difficile à comprendre. 

 

Dans tous les cas, on pourra relire et relire encore l'introduction signée de Paul Buhle, qui a dirigé la création de cet ouvrage et de Harvey Pekar. Parce qu'une chose est certaine : cette anthologie graphique ne doit servir qu'à diriger vers les textes des uns et des autres.



The Beats, publié chez Emmnanuel Proust, à retrouver sur Comparonet