Kôdansha : Histoire d'un empire assis sur des mangas

Clément Solym - 18.04.2012

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Principale maison d'édition de l'archipel japonais, Kôdansha a forgé ses lettres de noblesse à l'international avec des titres comme 3x3 eyes,  Akira, Jeanne & Serge et les productions du studio CLAMP, parmi tant d'autres. Un empire du manga établi sur la prépublication dans des magazines comme le Weekly Shônen mais pas seulement. Moins connu hors du Japon pour ses productions romanesques, l'éditeur a notamment édité Murakami en version originale et traduit avec sa filiale dévolue à la langue anglaise et publie des titres de presses littéraires.

 

Toujours considéré comme un monstre sacré, même frappé par la récession des années 2000, le Godzilla de l'imprimé poursuit son installation dans le manga numérique et le marché américain. D'abord en France, à l'occasion du Salon du Livre de cette année, Pika (propriété du groupe Hachette) signait un partenariat avec le Nippon pour l'exploitation d'un catalogue numérique. Pour l'heure cantonné à 50 titres, le fond devrait vite s'étoffer en raison du nombre de séries estampillées de la firme. Dix nouveaux titres devraient faire leur apparition chaque mois, selon BoDoï dont Fairy Tail ou Get Backers.

 

Un mot d'ordre, le numérique

 

Un partenariat qui n'a rien d'anecdotique quand on sait l'importance que prend le comics numérisé aux États-Unis d'une part, et de l'autre que la France et le Japon représentent l'essentiel de la consommation mondiale. Pour l'heure les chiffres avancés par Yoshio Irie, numéro 2 du conglomérat, restent modestes avec environ 60 millions d'euros de chiffres d'affaires. À noter cependant que plus de 80 % du marché provient du portage de mangas sur supports électroniques.

 

 

         (le siège social de Kôdansha à Tokyo)                            

 

Précurseur dans son domaine, outre-Atlantique les choses sont plus complexes. Dans le même temps qu'elle essaye d'investir le marché du numérique comme le comics américain, se dessine un hiatus. Depuis un an, le colosse réédite des titres laissés à l'abandon par la fin de l'éditeur Del Rey. Après avoir lancé Ghost in the Shell sur le marché américain et récupéré les droits d'exploitation d'Akira (précédemment Dark Horse), Kôdansha exploite Air Gear ou Negima ! et se lance dans la parution d'une préquelle de Sailor Moon. Parallèlement,au développement depuis deux ans sur le marché américain qui entre dans sa phase de croisière, la branche Kôdansha USA, n'est plus qu'un lointain souvenir.

 

Dédié à la traduction et la diffusion sur le marché américain de titres de la maison-mère, Kôdansha USA avait publié Murakami et fait découvrir de jeunes talents nippons avant son arrêt en avril 2011. Rançon d'une politique favorisant des changements structurels de l'aveu même du nouveau patron qui souhaite privilégier l'édition numérique.

 

Genèse d'un empire

 

À l'origine de cet empire, la famille Noma dont le clan demeure à la tête du géant depuis plus d'un siècle. C'est en 1909 que Seiji Noma fonde la filiale de la Dai-Nippon Yûbenkai (grande société japonaise de l'éloquence). Kôdansha évoque dans son intitulé complet la narration, aussi les premières publications seront tournées vers la presse littéraire avec Yûben (éloquence). Ce n'est qu'en 1911 qu'elle reçoit ce nom inspiré du Kodan Club, autre magazine littéraire publié par la jeune filiale.

 

Viendront ensuite les journaux tabloïds, la profusion de magazines mangas, la réalisation d'animés ou encore le premier magazine destiné aux étudiants du pays. Moins liés à ses activités d'éditeur qui se doit d'« être intéressant et salutaire » selon son slogan, les multiples rachats la rapprochent d'un autre empire, celui de Mickey. Et finit par devenir un des sponsors privilégiés du parc d'animation Disneyland Tokyo.

 

                                       (le Dojo Noma avant sa destruction en 2007)

 

Cumulant à plus de 10 milliards de chiffres d'affaires devant ses principaux concurrents (160 milliards de yens) devant Shogakukan, l'empire éditorial marque le pas avec la récession. Et voit sa croissance s'infléchir pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

  Une dynastie avant d'être une mégapole

 

Modèle japonais de l'ouverture sur le monde et gardien d'un héritage, Kodansha est une dynastie. Aujourd'hui encore un Noma est la tête du conglomérat en la personne de Yoshinobu ; arrière-petit-fils de Seiji, et fils de celle qui aura assuré le développement de l'éditeur pendant 24 ans. Preuve encore d'un respect immuable revenons sur le célèbre dojo éponyme. Fondé en 1925 par Seiji, son créateur, la salle d'armes est détruite en 2007 avant d'être remplacée par un complexe plus moderne, mais toujours porteur du même esprit. Le dojo Noma gagna sa renommée grâce à la conservation d'éléments architecturaux de la lointaine époque Edo et sa longévité, devenant par la même un des vestiges d'un passé associé au Japon féodal.

 

Dans le même temps que ce fleuron de l'édition se forge une continuité dans le temps, le groupe s'ouvre très largement à l'international et lance un signal fort à l'édition des pays en voie de développement. En 1979, coutumier des récompenses emblématiques, Kôdansha lance un prix de la publication en Afrique. Un titre assorti à une dotation d'une dizaine de milliers de dollars pour dynamiser l'édition sur le continent. Autre témoin de développement de l'édition plus proche, Kôdansha développe une politique de stages privilégiée avec la Chine.

 

Et demain ?