L'anime Doraemon bientôt censuré au Pakistan ?

Orianne Vialo - 05.08.2016

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Traduit dans 30 langages différents, l’anime japonais Doraemon, inspirée de la série de mangas japonais créée par Fujiko Fujio, rencontre un succès sans appel auprès du jeune public. Pourtant, les membres du Tehreek-e-Insaf (PTI), le Mouvement du Pakistan pour la justice, ont soumis une mesure à l’Assemblée provinciale du Pendjab pour interdire le doublage du dessin animé en hindi, insistant sur le fait qu’il ait un « impact négatif » sur la jeunesse pakistanaise. 

 

(Wacko Photographer, CC BY-SA 2.0)

 

 

Loin d’être le seul programme télévisé destiné à la jeunesse visé, Doraemon est pourtant le cœur de cible du mouvement. L’Autorité électronique pakistanaise de régulation des médias (PEMRA) est fermement résolue à interdire les chaînes de dessins animés diffusant des programmes 24h sur 24h, rapporte l'agence Reuters. Selon Malik Taimur, membre du Mouvement du Pakistan pour la justice, « l’éducation des enfants et leur santé physique sont directement touchées par les chaînes de dessins animés qui fonctionnent 24h/24 », car les enfants y ont accès, sans la supervision d’un adulte.

 

Ashish Chaturvedi, un activiste, critique vivement les versions hindie et anglaise de Doraemon et de l’anime Crayon Shin-chan, inspiré lui aussi de la série de manga du même nom, crée par Yoshito Usui en 1990. En France, le manga Doraemon est publié par Kana depuis juin 2007.

 

Cependant, la démarche est vivement critiquée par les locaux, qui estiment qu’il y a des problèmes plus graves à régler dans le pays, comme la corruption, les enlèvements d’enfants, la violence… et qu’un simple dessin animé ne devrait pas autant mobiliser les politiques.

 

 

 

 

 

 

 

À l’heure actuelle, la mesure visant à interdire le doublage de l’anime au Pakistan a été adoptée, et constituera le prochain sujet de discussion à l’Assemblée provinciale du Pendjab. Le programme télévisé pourrait être interdit dans le pays. 

 

Pourtant, les épisodes du show animé sont réputés pour donner des leçons de valeurs morales aux enfants, ce qui lui vaut sa très grande popularité. Son histoire est centrée sur un chat-robot répondant au nom de Doraemon, qui voyage dans le temps depuis le futur pour aider Nobita Nobi, un garçonnet qui risque d’accumuler beaucoup de dettes, que ses descendants devraient encore payer plusieurs centaines d’années après. 

 

La censure de livres et programmes jeunesse plus courante qu'on ne le pense 

 

Cependant, Doraemon est déjà censuré dans plusieurs pays, comme en Corée du Sud et en Indonésie, où toutes les scènes révélant le derrière du personnage principal sont supprimées, voire qualifiées de pornographique. En Inde, le dessin animé n’est plus diffusé depuis octobre 2008, car les adultes estimaient qu’elle véhiculait une mauvaise image aux enfants. Et en Chine, il est parfois considéré comme un élément subversif destiné à promouvoir la culture japonaise...

 

Les écoles privées du Pakistan avaient censuré le livre de Malala Yousafzai en 2013, qui estimaient que l’ouvrage ne respecte pas suffisamment le Coran, et considèrent que les écrits de la jeune femme sont une propagande favorable à l’Occident. Selon Kashif Mirza, président de la fédération des écoles pakistanaises privées estime que Malala n’est plus qu’une marionnette dans les mains de forces occidentales. 

 

Même son de cloche, en France, cette fois-ci pour l’ouvrage Jean a deux mamans, d’Ophélie Texier que Jean François Copé avait classé parmi les 11 ouvrages pour la jeunesse à ne pas lire en 2014. Cependant, alors que l'ouvrage était au coeur d'un autre polémique en 2005, l’Association des Bibliothécaires français avait pris la défense de l’auteure, afin que l’ouvrage demeure dans les bibliothèques : « Une fois de plus, l’Association des bibliothécaires français doit donc réaffirmer avec force, en se référant au code de déontologie qu’elle a adopté en 2003, le devoir des bibliothécaires de : ‘ne pratiquer aucune censure, [de] garantir le pluralisme et l’encyclopédisme culturel des collections’. »

 

À Venise aussi, le nouveau maire de la ville, Luigi Brugnaro, avait décidé de bannir de sa ville les ouvrages traitant de l’adoption par un couple homosexuel. “Les parents sont libres de faire leurs propres choix [...], mais à l’école, il convient de garder à l’esprit que pour la majorité des gens, il n’y a qu’un papa et une maman”, expliquait le maire.