Iran : la liberté d'expression, à géométrie variable

Antoine Oury - 03.06.2015

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L'Iran aussi dispose d'un organisme qui valorise le dessin grinçant : la Maison de la caricature organise régulièrement des concours. Le dernier en date proposait comme sujet l'Holocauste, sous forme d'une provocation envers l'Occident et sa défense à deux vitesses de la liberté d'expression. Cette fois-ci, la Maison a choisi un sujet plus consensuel, Daesh, et a reçu des centaines de contributions du monde entier. Dans le pays, toutefois, les dessinateurs restent sous contrôle.

 

Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, chef de l'État islamique, caricaturé par Ali Asadi

 

Selon la Maison, 800 caricatures ont été reçues, rapporte l'AFP, provenant de 43 pays du monde, de Cuba à la Grande-Bretagne, en passant par la Belgique, le Pérou ou la France. 270 œuvres ont été présélectionnées, et les gagnants ont été dévoilés le 1er juin (voir le diaporama ci-dessous). Le concours proposait différentes catégories, et les œuvres envoyées moquaient l'organisation terroriste, bien sûr, mais aussi les relations ambigües parfois entretenues avec les gouvernements occidentaux.

 

 

« Nous voulons montrer la véritable nature de Daesh », a expliqué Masoud Shojai-Tabatabai, le président du comité organisateur. « ISIS se revendique de l'Islam, mais n'a rien à voir avec la religion, et cherche seulement à diviser les musulmans, les sunnites des chiites. Nous avons aussi voulu dénoncer ses soutiens, les Occidentaux, les sionistes et les États-Unis », explique encore Shojai-Tabatabai.

 

Si les organisateurs dénoncent le double discours en vigueur du côté de l'Occident, il en est évidemment de même sur le territoire iranien : l'artiste iranienne Atena Farghadani vient ainsi d'être condamnée à 12 ans et 9 mois de prison pour un dessin représentant des membres du Parlement du pays avec des têtes d'animaux. Les autorités lui reprochent des faits de « rassemblement et collusion en vue de nuire à la sûreté de l'État », « diffusion de propagande contre le régime », « insulte envers les membres du Parlement par le biais de peintures », « outrage au guide suprême » et « outrage envers les fonctionnaires chargés de son interrogatoire ».