L'Histoire des Etats-Unis à travers le prisme Robert Crumb

Julien Helmlinger - 30.08.2013

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En plus de savoir jouer du banjo, Robert Crumb est sans doute l'une des figures majeures du roman graphique underground à l'américaine. Un chantre de la contre-culture des 60's avec tout ce que cela impliquait d'expérimentation psychédélique et d'esprit contestataire. L'un de ces pionniers du Comix, genre qui connut son âge d'or avant que le Congrès ne crie haro à l'obscénité, en rappelant que la liberté d'expression garantie par le premier amendement n'était en fait que conditionnelle. Mais comment l'artiste voit-il l'Histoire de sa patrie ?

 

 

 Autoportrait

 

 

Si le dessinateur a conservé cette image d'ancien hippie, militant en faveur de l'usage des drogues, de l'égalité raciale comme de la libération sexuelle, sa personnalité aurait révélé avec le temps une autre face plus réactionnaire. Le natif de Philadelphie serait également un nostalgique du 19e siècle quelque peu réfractaire aux dérives de la modernisation du pays. 

 

Ainsi, ce penchant pré-industriel de Crumb transparaîtrait notamment dans sa passion pour la musique de puriste, bien loin de la soupe commerciale dans laquelle trempe la culture pop contemporaine. Ses affinités iraient davantage vers la Country, le Jazz , ou encore le Blues des années 1930, musiques héritées de cette époque où « l'on pouvait encore s'exprimer ».

 

Au cours des années 1960, l'artiste confiait déjà percevoir sa propre cervelle comme : « une poubelle réceptacle d'images et autres données médiatiques. J'ai passé toute mon enfance à absorber de la merde, si bien que ma personnalité et mon esprit en sont saturés. Dieu seul sait si cela vous affecte physiquement ! »

 

Une benne à ordures que son exutoire, l'art de la satire, lui aurait alors permis de vidanger de temps à autre. Une pratique quasi thérapeutique de l'art, car il se pourrait bien que l'intoxication alimentaire puisse avoir son pendant culturel. On pourrait voir dans l'animation A Short History of America, conception assez simpliste d'une Histoire américaine, réalisée en 1979, un parfait exemple de cette pratique.

 

 


 

La conclusion de la vidéo reste ouverte. What's next ? Oscar Wilde, en son temps, y était aussi allé de son sévère diagnostic personnel. Evoquant l'Histoire du nouveau monde, en laissant entendre que les USA constitueraient la seule contrée qui serait passée « directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation ». Plutôt cinglant.