L'homosexualité féminine dans les comics : une place qui grandit

Florent D. - 04.08.2016

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Dans la littérature, l’homosexualité féminine est un tabou qui s'estompe, grâce à la démocratisation dans la société de magazines, films ou sites de rencontres lesbiennes, et les personnages se découvrent plus aisément. Bien sûr, dans le monde de la romance, des sous-genres ont vu le jour, qui s’adressent spécifiquement à un public de lectrices. Mais la tendance, observée depuis plusieurs années, n’est plus simplement un cas isolé : les grands éditeurs de comics ont accepté de laisser aux super héroïnes lesbiennes une place qui grandit. 

 

 

 

En 2009, DC Comics frappait très fort, avec une Batwoman rousse, ultra sexy… et lesbienne. Kathy Kane, alter ego féminin de Bruce Wayne – sans avoir les moyens financiers de ce dernier – renaissait de ses cendres, après une brève apparition en 1957. Et une mort rapide en 1979. Un reboot qui s’opérait par l’entremise de Greg Rucka, chargé du scénario. 

 

À l’époque de sa création, le personnage n’aurait certainement pas eu droit à un coming out aussi fracassant – la révélation faite en 2006 n’avait pas forcément été bien acceptée, mais peu de temps plus tard, l’association gay et lesbienne contre la diffamation a officiellement congratulé DC Comics pour son effort. Un premier pas était franchi. Encore que la description, « du type sexy, à vous rappeler une succube avec une mauvaise attitude », n’était pas des plus élogieuses…

 

Mariage, coming-out, d'authentiques histoires d'amour

 

2012 fut sans conteste l’année où tout se déclenchait : une demande en mariage d’un couple gay de super héros, et voici que bien des choses se décoinçaient. Une super héroïne lesbienne qui rencontre l’amour, voici qui était soudainement possible.

 

Dan Didio, éditeur chez DC Comics, assurait : « Nous avons à nous engager en faveur de la diversité, et ce n’est pas simplement pour remplir notre univers et ne plus y penser, c’est pour faire d’eux des membres importants de nos aventures et des histoires. » Montrer les personnages de comics comme des personnes réelles, avec leurs interrogations amoureuses, quelle que soit l’orientation, marquait une révolution véritable. Au point que, quelques mois, plus tard, c’est une héroïne transgenre qui faisait son apparition.

 

Les auteurs ne s’y trompent d’ailleurs pas : la nécessité de ces protagonistes vient évidemment du besoin de toucher un plus grand nombre de lecteurs. L’univers de Star Wars, pourtant peu axé sur la sexualité, a pourtant vu la publication d’un roman très officiel, de Paul S. Kemp, où Moff Mors, gradée impériale, était présentée comme ouvertement lesbienne. Et surtout, pas besoin de titres racoleurs ni de postures aguicheuses : les personnages sont campés dans un univers qui reflète réellement leur vie quotidienne.

 

Pour bon nombre de créateurs, l’homo americanus n’est plus accroché à une vision masculine du super héros, et ne veut pas non plus retrouver des personnages gays efféminés dans les comics. Au contraire, ils en attendent un comportement normal, une vie semblable à celle de tous les hommes. Et à ce titre, il faut reconnaître que les efforts des grandes maisons pour toucher un lectorat gay et lesbien ont été colossaux – et plutôt intelligents. 

 

 

Quand Wonder Woman célèbre une union...

 

Et le couronnement, de l’année passée est certainement venu, encore, de DC Comics : alors que son grand rival, Marvel, avait célébré des mariages gay dans ses comics, l’éditeur se servait de son personnage féminin le plus fort, pour célébrer un mariage homosexuel. 

 

Jason Badower, illustrateur australien, s’était emparé du sujet de l’homosexualité, avec l’exigence d’en faire un motif d’incitation à la tolérance. Au point que Clark Kent, l’alter ego de Superman, demandait à Wonder Woman d’œuvrer pour le mariage homo. Sauf que la réponse de la reine des Amazon fut nette : « Clark, mon pays est composé de femmes. Pour nous, il n’existe pas de mariage homosexuel. Il y a juste le mariage. » 

 

Et l’illustrateur d’expliquer, à cette époque : « La culture pop reflète ce que nous sommes actuellement, mais elle peut également refléter ce que nous voulons être. Je pense que les super héros de DC incarnent cette volonté. Marvel, c’est ce que nous sommes, mais DC, c’est ce que nous souhaitons être. »