Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'illustration au service de l'engagement politique

Julien Helmlinger - 26.03.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Salon du livre de Paris - Barcelone - Illustrateurs


Si les horreurs du passé sont parfois refoulées par une population, le besoin de mémoire des générations suivantes conduit des artistes à éclairer les zones d'ombres de l'Histoire au travers du prisme de leur discipline. La répression franquiste lors de l'occupation de la Catalogne a ainsi été source d'inspiration pour les illustrateurs de BD ainsi que le neveu de Josep Bartoli, devenu reporter photographe, qui croisaient leurs regards respectifs lors d'une conférence du Salon du livre animée par le journaliste Pierre Vavasseur.

 

 

 

 

Les oeuvres des dessinateurs Miguel Gallardo, Arnal Ballecter et Eduard Torrents ainsi que du photographe Georges Bartoli, neveu de l'artiste et homme politique catalan Josep Bartoli, illustrent les problématiques historiques et sociales du monde qui les entoure. 

 

Avec respectivement Un largo silencio, Le facteur quifaiquoi, Ramon Llull, Exode et exil des républicains d'Espagne, ils dépeignent chacun à leur façon les souvenirs de leurs parents, plus ou moins proches, au sujet de périodes sombres de l'Histoire espagnole. Si le thème rassemble tous ces artistes, ils ne sont toutefois pas spécialisés, et pratiquent d'autres terrains artistiques.

 

La guerre civile redessinée par les générations suivantes

 

Miguel Gallardo a écrit son livre sur la guerre civile, comme une « dette envers son père ». S'il ne le connaisait que peu, et avait plutot éludé le sujet jusqu'alors, c'est avec cet ouvrage qu'il s'est rendu compte que son père fut un véritable héros. Un héros qui a notamment connu la prison des deux cotés de la frontière, en France comme en Espagne, « non pas comme dans les films mais un vrai qui a survécu pendant 40 ans ». 

 

Avec son oeuvre il s'est engagé dans un long processus de création. A partir du texte de son père, s'attachant à respecter non seulement le récit mais également le style direct et non-littéraire de son paternel, il a remis le tout en images. 

 

Ce sont les générations futures qui récitent l'Histoire selon lui. « Après la guerre on avait que peu de témoignages. Le récit qu'on entend une quarantaine d'années plus tard n'est peut être pas la réalité. » Arnal Ballester approuve, et ajoute que désormais les petits enfants demandent des comptes aux deux pays respectifs.

 

Il est illustrateur de BD mais également dans la presse est lui aussi fils de militant clandestin, et se dit profondément « attaché à cette expérience et ses valeurs ». Dans sa famille d'ouvriers, on est soucieux des inégalités sociales, et au travers du livre écrit par une auteure d'une autre génération, ses illustrations dépeignent aux enfants « ces inégalité, la défaite de ceux qui se rebellent, la solidarité ».

 

La mémoire, une affaire de famille chez les Bartoli

 

Le neveu du chroniqueur engagé d'avant-guerre, Georges Bartoli est né en France dans une famille catalane, descendant d'émigrants de 1939, et ne se se « ni Espagnol ni Français ». Lui aussi raconte l'Histoire en images. 

 

Au travers de son ouvrage, il s'est intéressé au sujet de l'émigration vécue comme un exile, et « des enfants de l'exile » comme il se définie lui-même, tandis que les réfugiés espagnols étaient accueillis d'une manière mitigée en France après avoir fuit la répression franquiste. 

 

Le reporter précise que si son art rejoint celui des autres intervenants, ils ne suivent pas le même procédé créateur. Il rappelle que la photographie de reportage n'est pas du registre de la fiction, et qu'en ce sens elle se distingue des oeuvres des autres intervenants.

 

Les livres pour rompre le silence et faire la lumière dans l'obscurité

 

Le dessinateur Arnal Ballester évoque un « long silence de 70 ans sur la guerre civile des deux côtés de la frontière », et estime que les livres permettent de réveiller la conscience politique. Pour lui comme pour Eduard Torrents, la BD s'adresse aussi aux adultes et n'est pas que ludique.

 

Le dernier cité a illustré une bande dessinée sur la figure du philosophe, alchimiste et théologue Raymond Llull. Un thème difficile à cerner pour les lecteurs du grand public, avec des mentions à la cabale et la théologie scholastique, mais qu'il a choisi de présenter sous l'angle du polar. Une manière de rendre le sujet plus accessible à la lecture et la compréhension.

 

Unanimes, les artistes invitent le public à conserver toujours un regard sur le passé, afin de mieux comprendre le présent.