L'impossible humour du dessin iranien

Clément Solym - 10.05.2012

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La semaine dernière on apprenait la condamnation du patron de la chaîne tunisienne Nessma à verser l'équivalent de 1200 euros d'amende pour trouble à l'ordre public. (Voir notre ActuaLitté) En cause, la diffusion de Persepolis dans une version non expurgée d'un dialogue entre la petite Marjane et Die, ou Allah, c'est selon.

 

Devant le risque de sanctions très lourdes pour délit de blasphème, on aura, avec honte pu souffler de soulagement. Malgré la promesse d'un printemps arabe qui s'enlise dans la lutte entre factions pour un Islam modéré et extrémiste, la bulle tente. Mais éclate avant, bien trop souvent.

 

 

Dernier exemple en date en Iran, pays dont est originaire Marjane Satrapi. Au pays des Mollahs, il n'est pas bénin de jouer avec l'image du pouvoir politique, encore moins à grand coup de caricature. Cette fois pourtant, point de blasphème. Dessinateur téméraire, Mahmoud Shokraieyeh s'est laissé aller à croquer Ahmad Lotfi Ashtiani, membre du parlement. Et pas dans n'importe quelle tenue. Le dessin qui rend le politique presque amène le voit affublé d'un maillot de football en plus d'une barbe qui doit bien cacher un goitre.  

 

Jusqu'à 74 fouets

 

Mal lui en a pris, Shokraieyeh a été condamné à 25 coups de fouet. On ne plaisante pas dans la presse locale. Une sentence encadrée par la charia locale qui prévoit jusqu'à 74 coups et une peine d'emprisonnement d'un mois à un an pour celui qui se laisse « faussement » aller à la diffamation dans un média papier.

 

Par le passé d'autres dessinateurs ont essuyé la foudre de l'interdit coranique comme Nama Neyestani.  Forcé à l'exil, l'illustrateur s'est installé en France suite à un dessin qu'on avouera controversé. Lors d'émeutes d'Azéris en Iran, le dessinateur de presse multisupport, Neyestani faisait figurer un cafard s'exprimant dans cette langue. Certes le dessin peut prêter à confusion et à la xénophobie. Le pouvoir coercitif invoquera le trouble à l'ordre public pour l'expédier deux mois à l'ombre. Mais c'est sans rappeler que la bestiole marquait son incompréhension, comme abruti par trop de cruauté.

 

 

Ahmadinejad a son Shoah Hebdo

 

Pour sa défense, et parce que l'insecte peut signifier celui qu'on opprime, sans aucune pitié citons le produit de sa dernière polémique pendant la crise israélo-iranienne. Les mots transpirent la paix :

« J'aime l'idée que les pacifistes essayent de se dissocier du gouvernement et qu'ils encouragent les autres à faire de même. J'ai fait ce dessin [la] semaine [dernière] pour soutenir la campagne et les pacifistes des deux pays », expliquait l'homme dans un mail.

 

Mais ne soyons pas trop durs avec la caricature iranienne puisqu'elle existe et peut se montrer terriblement assassine. En 2006, le monde s'étonnait du projet d'un concours du dessin iranien sur l'holocauste. Autant dire que si quelques planches dénoncent là la politique israélienne, elles sont clairement antisémites. Hormis les thèmes religieux, la BD d'humour existe donc en Iran. Mais elle a une saveur de fosse commune.