La bande dessinée crée sa bulle en Allemagne

Clément Solym - 11.10.2010

Manga/BD/comics - Univers BD - roman - graphique - foire


L'Allemagne et la bande dessinée, ce n'était jusqu'à maintenant pas vraiment une histoire d'amour. « En Allemagne les préjugés sur la bande dessinée ont la vie dure, beaucoup de gens croient que c'est toujours un domaine réservé aux enfants » déclare ainsi Christian Maiwald de la petite maison d'édition berlinoise Reprodukt.

Dans les années 60-70, la BD était même complètement morte outre-Rhin. Selon Ralf König, pionnier mondial de la BD gay humoristique, les sombres années nazies, et l'américanisation forcenée de l'après-guerre y sont pour quelque chose : « Quand j'étais enfant, il n'y avait que des comics américains comme Mickey ».


C'est le roman graphique qui redore le blason de la BD en Allemagne. Plus sérieux, mélange de roman et de BD, « de plus en plus de gens s'aperçoivent que ce média peut aussi parler aux adultes » explique Maiwald citée par l'AFP.

Le mouvement est visible, même à la foire de Francfort : les éditeurs Reprodukt et Édition Moderne sont ainsi installés dans le hall 5 dédié à la littérature, et non plus dans la section Comic comme les années précédentes.


Le spécialiste allemand de la BD Klaus Schikowski : « La BD est maintenant chroniquée dans les colonnes littéraires des journaux allemands, ce qui était inenvisageable il y a encore quelques années ! La BD est désormais entrée en Allemagne dans le domaine de la culture respectable ». La BD, ou tout du moins sa frange roman graphique.

Ce qui a d'ailleurs le don d'énerver Splitter, éditeur de Delcourt et Soleil en Allemagne, qui se demande pourquoi l'on ne parle que des romans graphiques. « C’est paradoxal, note l’agent Paul Derouet, conseiller auprès du Festival d’Erlangen. Pendant des années, nous nous sommes battus pour que la BD soit reconnue comme une littérature à part entière. Maintenant que nous y sommes à peu près parvenus, ils se désolidarisent de l’ensemble de la profession. »

Chacun veut sa part du gâteau. Réjouissons-nous pour l'instant du début de la reconnaissance du 9e art chez nos voisins.