La BD ancrée désormais dans les pratiques culturelles en France

Clément Solym - 20.03.2012

Manga/BD/comics - Univers BD - consommation - BD en France - usages


La BD intéresse le ministère de la Culture, qui vient de proposer une étude, réalisée par le département des études, de la prospective et des statistiques dans le cadre des enquêtes examinant les pratiques culturelles entre 1973 et 2008. Ce sont ainsi plus de 4500 personnes qui ont parlé de bulles pour les besoins de ce panel. 

 

« Les premiers résultats présentés ici dessinent les contours de la place qu'occupent aujourd'hui les bandes dessinées dans le paysage général des pratiques culturelles, que des travaux ultérieurs permettront de préciser », précise Guillaume Boudy, directeur de cette publication. 

 

À partir de 11 ans, les Français sollicités seraient donc plus de 16 millions à savourer des BD, un genre qui « bénéficie désormais d'une large diffusion dans la société française : plus de trois Français sur quatre déclarent avoir déjà lu des bandes dessinées, dont plus d'un quart (29 %) au cours des douze derniers mois ». 

 

L'explosion de la production, grandissante depuis les années 90, s'accompagne d'une certaine richesse éditoriale, avec des genres nouveaux, comme le manga, les romans graphiques ou les comics. « En 2011, avec plus de 4 800 nouveautés et nouvelles éditions, le nombre de titres de bandes dessinées publiés en France a augmenté de 5 % par rapport à 2010, et plus que triplé depuis 2000. »

 

 

 

Un constat réalisé par l'Association des critiques et journaliste de bande dessinée, dans le rapport Ratier de 2011. « Remarquons aussi que la croissance du nombre de parutions est toujours le fait des plus puissants éditeurs ! En 2011, ces derniers ont publié 2 766 nouveautés – soit 72,01 % du secteur –, contre 2 750 et 72,16 % en 2010. Quant aux structures de moindre importance, elles totalisent 1 075 nouvelles parutions – soit 27,99 % du secteur –, contre 1 061 et 27,84 % l'an passé. » (voir notre actualitté

 

Sur l'année 2011, le cabinet d'analyse GfK avait annoncé 416 millions € de chiffre d'affaires, avec 38 millions de titres vendus et 12 % de parts de marché sur l'ensemble du marché du livre. 

 

« L'étude permet notamment de mieux caractériser le lecteur type de bandes dessinées : majoritairement masculin, plutôt jeune, par ailleurs lecteur de livres et amateur de sorties culturelles. Il s'avère aussi que les lecteurs de bandes dessinées s'adonnent volontiers au plaisir de la relecture. »

 

Consommations et usages

Quant aux achats de bandes dessinées imprimées, près de trois lecteurs sur cinq (59 %) en ont acheté au moins une au cours des 12 derniers mois. Les grands acheteurs, comme les forts lecteurs, représentent cependant une minorité : seuls 9 % des acheteurs ont fait l'acquisition de plus de 20 bandes dessinées dans l'année, tandis que 42 % d'entre eux en ont acheté moins de 5. De manière assez évidente, les personnes les plus investies dans la lecture de bandes dessinées sont aussi celles qui en achètent le plus.

 

Les emprunts de leur côté restent moins nombreux, et en chute libre plus la population avance en âge. 

 

D'une manière générale, les 11-14 ans cumulent les moyens d'accès à la bande dessinée : ils sont tout à la fois les plus nombreux à déclarer procéder à des achats, en emprunter à leur entourage à l'extérieur du foyer, et surtout à avoir recours aux bibliothèques. 62 % des lecteurs de bandes dessinées de cet âge déclarent être allés dans un de ces établissements pour lire des bandes dessinées sur place (soit 30 points de plus que la moyenne des lecteurs de bandes dessinées qui s'établit à 32 %), et 61 % pour en emprunter (contre 35 % pour l'ensemble des lecteurs).

 

Format papier et numérique

Pour se procurer des bandes dessinées en format papier, les lecteurs de bandes dessinées puisent d'abord dans leur propre bibliothèque. L'importance des relectures est en effet une des spécificités de cette pratique. Parmi les personnes qui possèdent des bandes dessinées, pas moins de 55 %, tous âges confondus, déclarent les relire assez, voire très souvent. Les 11-14 ans sont les plus enclins à s'adonner à cette pratique (13 % très souvent et 63 % assez souvent, soit 21 points de plus que la moyenne). C'est aussi assez naturellement le cas des grands lecteurs de bandes dessinées : 75 % des personnes lisant plus de 100 bandes dessinées dans l'année déclarent les relire assez ou très souvent, contre 25 % de celles qui en ont lu de 1 à 4 au cours de la même période.

 

L'accès à la bande dessinée sous forme numérique, quant à lui, reste une pratique minoritaire : seuls 14 % des lecteurs de bandes dessinées âgés de 11 ans et plus déclarent en lire sur ce support (soit 4 % de la population). La tranche d'âge la plus concernée est celle des 18-24 ans : 29 % des lecteurs de bandes dessinées de cet âge en lisent dans ce format. La plupart de ces lectures s'effectuent sur un ordinateur : 80 % des lecteurs de bandes dessinées numériques y accèdent par ce moyen, mais 26 % déclarent avoir recours à une tablette, 18 % les lisent sur leur téléphone portable et 12 % sur une liseuse électronique. Sept lecteurs de bandes dessinées numériques sur dix déclarent en posséder, et 53 % en ont acheté au format numérique au cours des 12 derniers mois.

 

Selon les conclusions de l'enquête, la BD est désormais un genre à part entière dans les pratiques culturelles françaises. 

peu de jeunes adolescents y échappent depuis maintenant plusieurs décennies et, en dépit de taux d'abandon importants, elle concerne aujourd'hui plus d'un quart des adultes dans les générations nées après-guerre. Elle est le plus souvent associée à d'autres formes de lecture – n'en déplaisent à celles et ceux qui ont longtemps cherché à opposer les « vrais » livres aux bandes dessinées – et obéit assez largement à la logique du cumul qui est souvent la règle en matière de pratiques culturelles : les forts lecteurs de bandes dessinées notamment ont souvent un rapport plutôt privilégié avec les livres et manifestent un intérêt pour les différentes formes de participation à la vie culturelle supérieure à la moyenne.

 

Néanmoins, on conserve la dominante masculine de ce genre. 

Pour un nombre important de lecteurs, la lecture de bandes dessinées apparaît aussi comme une pratique relativement peu investie qui compte beaucoup d'occasionnels : on s'en détache assez facilement, elle ne demande pas en général un investissement important en temps ni un gros effort de lecture9. Considérée majoritairement comme une activité de détente, d'évasion, voire comme un passe-temps, la lecture de bandes dessinées serait, selon ses lecteurs eux-mêmes, un divertissement comme un autre. Pourtant, elle est reconnue par une majorité de Français comme un art à part entière : comme si la pratique était moins légitime que le genre lui-même.

 

 

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