"Soleil" se couche sur Toulon, définitivement

Nicolas Gary - 19.06.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Editions Soleil - Groupe Delcourt - Mourad Boudjellal


Pour les salariés de la maison d’édition Soleil à Toulon, filiale du groupe Delcourt, le 1er juillet marquera la fin d’une époque. L’annonce d’un plan de réorganisation de l’entreprise, survenue en avril, sera suivie de licenciements. Selon les informations de ActuaLitté, les offres de reclassements ont été massivement rejetées. 

 

 

Arleston sous son troll Hébus

Arleston et son troll, figures emblématiques de Soleil - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« On n’a pas tout à fait compris, entre les vœux de Guy Delcourt en janvier, qui nous annonçait, avec une boîte de chocolats, que le groupe avait réalisé une excellente année 2014, et la situation qui s’en est suivie », nous explique-t-on. « De toute manière, le grand patron, nous l’avons vu au cours des six premiers mois [après le rachat par Delcourt, en juin 2011, NdR] et par la suite, même pas un coucou. » 

 

Avec l’accent du Sud, la remarque passe plus doucement, mais ne cache pas une certaine amertume. Depuis septembre 2014, les salariés se posaient des questions, mais après la visite du PDG en avril, pour expliquer le devenir de la société toulonnaise, les doutes étaient confirmés. « Nous avons continué de travailler, mais totalement au ralenti, parce que toutes les données étaient centralisées sur Paris, et devenaient difficiles d‘accès. »

 

À Paris, d’ailleurs, une réunion a été organisée récemment, mais les informations ont été distribuées au compte-gouttes, nous assure-t-on. « Ceux qui reprendront les dossiers sont mieux informés. Normal. » Laconique, et expéditif.

 

Au 1er juillet, les salariés toulonnais qui ont refusé les reclassements recevront donc leur solde de tout compte. « Comment voulez-vous que des gens qui ont en moyenne une quinzaine d’années dans la société acceptent une centaine d’euros d’augmentation, pour aller vivre sur Paris ? Tout le monde a une vie sur Toulon, et 100 €, si l’on est marié avec des enfants, ça ne pèse pas lourd dans la capitale. Les offres de reclassements, c’était pour faire la même chose, voire moins bien. Dérisoire, donc. »

 

Ce qui trouble le plus, c’est de constater « que l’on nous a parlé de préserver la compétitivité de l’entreprise, en réduisant le catalogue, en diminuant les tirages, parce qu’au cours des dix dernières années, les chiffres étaient mauvais. Sauf que ces deux dernières années, Soleil et Delcourt n’ont jamais été aussi confortables ». Des résultats que le PDG, Guy Delcourt semblait d’ailleurs confirmer, avec un premier semestre 2014, pour Soleil, en croissance de 15 %. En 2013, la structure dégageait même un bénéfice de 1 million d’euros, après une perte de 150.000 € en 2012. (via Les Échos)

 

Et comme c’est d’usage en de pareilles circonstances, les rumeurs vont bon train. « On entend dire que Delcourt ne s’arrêterait pas en si bon chemin, et qu’après la réorganisation à Toulon, certains parlent d’une revente de la société. On restructure l’entreprise, pour rendre la mariée plus belle... »

 

Dans ces circonstances, chacun verra le soleil du Midi à sa porte, « mais il ne serait pas étonnant que quelques dossiers se présentent aux Prud’hommes ». Avec la déception surtout de se rendre compte que le fondateur des Éditions Soleil, Mourad Boudjellal « n’a pas bougé le petit doigt. Il s’en fout maintenant ». On raconte même qu’une BD sur le Racing Club de Toulon, le club que dirige l’ancien propriétaire de Soleil, serait sur le point de voir le jour. 

 

Et l’on se demande bien si les éditions Delcourt accepteraient de la publier. La maison n'était pas disponible pour le confirmer.