La Fureur de vivre d'Emma Bovary ?

Clément Solym - 26.12.2010

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Veut, veut pas, tout le monde y passe : la parodie est une activité à temps complet, depuis les premières planches de Goetlib, mettant en scène Super Dupont ou Newton, en passant par les plus grands classiques de la littérature, gentiment malmenés.

Le Festival international de la BD d’Angoulême qui ouvrira les festivités de cette nouvelle année, du 27 au 30 janvier, proposera en effet de découvrir tout un pan de la littérature graphique, qui s’adonne avec joie et bonheur à la parodie des grands noms, d’hier et d’aujourd’hui, d’ailleurs.

L’exposition Parodie, la bande dessinée au second degré, débutera elle, le 5 janvier, pour s’achever le 24 avril. « Des détournements situationnistes, aux parodies de l’Oubapo, en passant par les parodies coquines, les innombrables mises en boîte du mythe du super héros et le phénomène de l’auto parodie, ce sont toutes les formes de la bande dessinée au second degré qui trouvent place dans cette exposition », assure Gilles Ciment, directeur général de la Cité internationale de la BD et de l’image.

Et quand on dit que les plus grands y passent, on n’a presque rien dit : Harry Potter raillé, Emma Bovary tournée en ridicule, Tarzan ô combien, Robin des bois, idem, ou encore Conan le Barbare... Et finalement, rien n’est plus sacré, puisque l’on découvre comment Rodolphe et Emma, les personnages de Flaubert, se retrouvent à faire les guignols dans un monde inspiré de La Fureur de vivre, par Yves Chaland, ou soudainement, ceux de Crime et châtiment, plongent dans l’enfer noir de Gotham City et de Batman, sous la plume de Robert Sykoryak.

En outre, une table ronde se tiendra le 29 janvier, dans le cadre du FIBD, avec Robert Sykoryak, Daniel Goossens et René Petillon, pour évoquer ces thèmes.


Thierry Groensteen, commissaire de l’exposition, qui signe un essai sur ce thème : « Dans tous les domaines de l’art, le recyclage et le détournement des modèles sont aujourd’hui monnaie courante. Désormais, sitôt qu’un thème, une œuvre, un personnage gagnent en surface dans le paysage culturel, il se décline à la fois sur le mode sérieux et sur le mode ludique ou satirique. Les fans eux-mêmes s’en emparent pour communier dans leur passion à travers l’hommage parodique, notamment sur Internet. La parodie, indiscutablement, est en phase avec une culture de masse diffusant et imposant des références partagées par tous ; avec la philosophie de la création qui est celle du postmodernisme, caractérisée par le métissage des formes culturelles, l’intertextualité généralisée et le recyclage ; et avec le genre d’esprit qui domine l’humour de notre temps, celui de la dérision. »