"La Grande Guerre" une fresque de 7 mètres de large en BD

Louis Mallié - 05.06.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Joe Sacco - Tapisserie de Bayeux - La grande guerre


Né à Malte et vivant aujourd'hui aux États-Unis, le chef de file du reportage graphique, Joe Sacco était hier au théâtre des Mathurins pour présenter son nouveau travail La grande guerre. Et celui-ci a de quoi impressionner : long de 7 mètres et large de 22 centimètres, il relate sur 24 pages, sans dialogue ni texte, la première journée de la bataille de la Somme, côté anglais… le jour le plus meurtrier. 

 

 

 

 

C'était le 1er juillet 1916 : 20 000 morts et 38 000 blessés pour le seul camp anglais. Pour tenter de retranscrire l'ampleur du massacre, Joe Sacco a donc reproduit avec précision plusieurs centaines - si ce n'est milliers - de soldats. « Il fallait donner une personnalité à chacun. Ils ont tous une mère, certains ont une petite amie... Tous ont une histoire. » La bande dessinée propose donc une lecture géographie et chronologique, de l'État major du général Haig, au cimetière où sont enterrés sommairement les milliers de victimes.

 

Hier après-midi, l'auteur est donc revenu sur la genèse d'un projet remonte qui remonte à très loin. « Dans les années 1990, je vivais à Manhattan. Un soir je me trouvais avec mon colocataire de l'époque et nous avions trop bu en jouant aux fléchettes. Saoul, il me lança l'idée de créer un livre sous forme "d'accordéon" traitant du front occidental. Mon colocataire était alors passionné par un artiste nommé Mario Pericoli, qui avait utilisé ce format pour parler de Manhattan. Et puis, après cette soirée, l'idée est partie aux oubliettes », explique Joe Sacco. 

 

Le projet lui revient en tête 15 ans plus tard, suite à un coup de fil du même ami. Il est d'abord sceptique, mais, inspiré par la Tapisserie de Bayeux, il prend conscience qu'il est possible de raconter en se passant complètement des mots. L'artiste se lance alors dans un immense travail de recherche : « Avant tout, il faut savoir que l'on a toujours à l'esprit qu'un historien pourra nous écrire pour nous dire : “vous savez, ce n'était pas comme ça qu'ils laçaient leurs bottes” », dit-il avec humour.

 

Il lit de nombreux récits de soldats, s'allie à un historien spécialisé de la Première Guerre mondiale, photocopie des dizaines de photos originales, et rend plusieurs visites au musée Impérial de la guerre de Londres. Après 5 années de recherche et neuf mois de dessin, l'œuvre est enfin terminée. 

 

 

 

 

Publiée en France chez Futuropolis elle est arrivée en librairie le 10 avril dernier. De juillet à août, elle sera exposée, le long du tapis roulant de la station de métro Montparnasse-Bienvenüe en grand format : 130 mètres de long sur 7 de large ! Une taille qui permettra sans aucun doute d'en apprécier plus profondément chaque détail… 

 

D'après l'éditeur, le choix d'un tel lieu d'exposition, résulte d'un concours de circonstances. En effet, Jacques Tardi, auteur de l'inoubliable C'était la guerre des tranchées aurait préalablement refusé le projet après avoir été sollicité.  « Il y a une mission centenaire qui s'est organisée pour tous les événements commémoratifs de la Première Guerre mondiale, dans cette mission il y avait une participation sur la bande dessinée. C'est un peu grâce à Jacques Tardi si Joe Sacco exposera sa fresque. Car cette mission avait demandé à Jacques Tardi de faire une grande frise sur la guerre de 1914-1918. Mais il y a eu une fâcherie. L'artiste a refusé la Légion d'honneur qui devait lui être attribuée. Il s'est rendu compte qu'en exposant sa fresque il serait contraint de côtoyer les politiques, et ça, il ne le voulait pas. Nous avons alors proposé Joe Sacco. Jacques Tardi n'y a vu aucun inconvénient ».

 

Et pourtant près de sa titanesque fresque, Joe Sacco demeure humble : « Jacques Tardi est si bon qu'il me fait peur » avoue l'artiste. Ce qui ne l'empêchera pas d'être de retour dans la Somme à compter de demain, pour le festival de la BD d'Amiens qui s'achèvera le 8 juin.