La lutte contre la contrefaçon à l'américaine serait tragique pour le manga

Clément Solym - 02.11.2011

Manga/BD/comics - Univers Manga - TPP - danger - dojinshi


L'avocat et professeur à l'université Nihon, Kensaku Fukui, a écrit un article sur Internet Watch reprenant les discussions autour de l'accord de partenariat Trans-Pacific (ou TPP pour Trans-Pacific Partnership Agreement).

Il s'agit d'un partenariat économique en cours de négociation entre les États-Unis et 8 autres pays de la région Pacifique (à savoir l'Australie, le Brunei, le Chili, la Malaisie, la Nouvelle-Zéland, le Péru, le Vietnam et Singapoure). Cet accord viserait notamment à uniformiser les lois des pays signataires sur le droit d'auteur. Et bien sûr, celle-ci se ferait sur le modèle américain.

 

Le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda est censé se rendre au sommet Asia-Pacific Economic Cooperation qui se tiendra les 11 et 12 novembre. Il y sera discuté, entre autres, la possibilité de l'intégration du Japon au TPP. Et il est évident que les États-Unis vont faire tout leur possible pour faire entrer un partenaire économique aussi important que le Japon dans le TPP.

 


Actuellement, il ne peut être mené d'action pour une infraction au droit d'auteur si les ayants droits ne portent pas plainte. Selon Kensaku Fukui, si le Japon entre dans le TPP, il ne sera plus nécessaire qu'une plainte formelle soit déposée pour qu'une action en justice soit lancée. De plus, il sera possible de réclamer aux accusés des dommages et intérêts.

 

La fin des dojinshi parodiques, un danger pour l'industrie du manga


Les États-Unis avaient déjà demandé en 2007 au Japon de procéder à de tels changements sur sa loi sur les droits d'auteurs. Plusieurs personnes avaient alors donné de la voix, assurant que ces changements seraient néfastes pour la culture de la parodie (notamment les dojinshi) développée au Japon. Finalement, le gouvernement n'avait pas touché à sa loi sur le droit d'auteur.

 

Avec le TPP, le même problème se pose et le mangaka Ken Akamatsu est déjà monté au créneau. Selon lui, les changements imposés par le TPP pourraient « détruire les dojinshi parodiques » et ainsi « le pouvoir de l'industrie du manga dans son entier diminuerait aussi ».

Outre son activité de mangaka, Ken Akamatsu est connu pour avoir créé le site J-Comi. Il y propose des manga épuisés et des dojinshi parodiques (avec l'autorisation de l'auteur de l'oeuvre originale et de l'auteur du dojinshi) en version numérique. Son site est d'ailleurs une chance exceptionnelle pour les auteurs de dojinshi parodiques de voir leurs oeuvres diffusées à grande échelle.

La problématique des dojinshi parodiques est relativement complexe. Pour mémoire, les dojinshi sont des oeuvres souvent dessinées par des amateurs qui ne sont pas publiées dans le circuit professionnel. Les dojinshi parodiques reprennent des titres populaires et les transforment d'une manière ou d'une autre (transposition dans un registre comique, érotique ou pornographique par exemple...). On voit bien qu'effectivement ces titres-là enfreignent le droit d'auteur. Seulement, ils sont aussi l'expression de l'engouement des fans pour certaines oeuvres éditées et participent même à leur popularité.

 

La foule du Comicket

 


Au Japon, il s'agit réellement d'un phénomène de masse. Une des plus grandes conventions BD du monde étant le célèbre Comiket (ou Comic Market), une convention dédiée aux dojinshi (avec plus de 500 000 visiteurs sur trois jours). Les éditeurs et les auteurs tolèrent les dojinshi (certains auteurs s'en amusent même) et tant qu'ils ne sont pas tirés à un trop grand nombre d'exemplaires aucune action légale n'est lancée. Les dojinshi sont aussi l'occasion pour certains mangaka amateurs de vivoter et de se faire remarquer, ainsi les incontournables Clamp ont commencé leur carrière dans ce milieu.

On voit bien à quel point ce secteur parallèle de l'industrie du manga est important alimentant la passion des fans et apportant des plumes fraîches. L'entrée du Japon dans le TPP porterait un coup fatal aux dojinshi parodiques, imputant sévèrement le secteur des dojinshi et finalement par extension celui de l'industrie du manga.

 

Limitation des importations


Le TPP dont le but est de lutter plus efficacement contre les contrefaçons prévoit aussi de donner la possibilité aux ayants-droits de limiter le commerce à l'importation. Ainsi, Disney pourrait par exemple interdire aux boutiques spécialisées japonaises d'importer ses produits américains pour qu'ils ne viennent pas concurrencer ses produits japonais. De même, des sociétés japonaises pourraient interdire ou limiter l'importation aux États-Unis de goodies, manga, anime...

 

Le commerce de produits importés est tout à fait légal et permet souvent de se procurer des produits d'un autre pays que l'on ne trouve pas chez soi. Parfois, les produits importés sont également moins chers que ceux qui sont proposés par les sociétés locales. La limitation des importations serait alors une mesure particulièrement nuisible à l'industrie du manga.

 

De nombreux amateurs non-japonais de manga vivant leur passion à la fois par les offres officielles et l'importation.




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