La maison Marvel Comics s'engage à féminiser son univers

Julien Helmlinger - 17.09.2014

Manga/BD/comics - Comics - Marvel Comics - Parité - féminisation - Héroïnes


 

Les univers comics, dont le devant de la scène semble largement dominé depuis des décennies par les protagonistes mâles, tandis que les personnages féminins s'y font souvent plantes décoratives, se cherchent actuellement leur part de féminité. La maison des idées, Marvel, entend bien injecter dans son catalogue une pléthore de nouvelles superhéroïnes, comme le rappelle cette semaine l'éditeur en chef, Axel Alonso, interrogé par The Telegraph. Selon lui, de nombreuses lectrices en ont faim, et la logique capitaliste de l'entreprise veut qu'elle les sustente.

 

 

 

 

Les Captain America et autre Iron Man n'ont qu'à bien se tenir, car Miss Marvel, la remplaçante de Thor, ou encore Black Widow risquent dorénavant de leur faire de l'ombre sur les présentoirs à magazines. Comme le confie Axel Alonso, la suggestion a d'abord émané des scénaristes, mais aura finalement séduit toute l'équipe. Sans afficher de politique officielle en la matière, la volonté serait à la diversité, que ce soit en termes de protagonistes de fiction comme au niveau du choix des artistes.

 

Selon Alex Alonso : « Lentement, nous avons fait des progrès sur ce front. Nous croyons qu'il existe un public de femmes, là dehors, qui ont faim de cela, et nous voulons nous assurer qu'elles l'obtiennent. C'est la réponse affirmative. C'est le capitalisme. » Il faut dire que selon les derniers chiffres dont on faisait état, les lectrices pèseraient désormais pour près de la moitié du lectorat de comics (environ 46,67 %).

 

Attention, terrain miné

 

Ce mouvement intervient dans un contexte où certains observateurs donnent la chasse à tout soupçon de machisme dans le milieu du roman graphique à l'américaine. Certains semblent à l'affût de la moindre sexualisation excessive des personnages féminins, comme le démontrait récemment le tollé suscité par la Spider-Woman aux formes plus que généreuses de Milo Manara. Une controverse qui aura conduit Alex Alonso à présenter ses excuses à celles et ceux qui s'en sont sentis offensés.

 

Il ne nie pas que la question mérite d'être discutée. « Je ne pense pas que les protagonistes hommes sont aussi sexualisés que les femmes. Mais en ce qui concerne ceci, nous faisons des efforts pour changer cette tendance. [...] Il est impossible de ne pas sexualiser les personnages parce qu'ils sont tous définis par leurs aptitudes physiques. Je pense que le sex-appeal des protagonistes est quelque chose que nous aurons toujours dans la bande dessinée, mais nous voulons ne pas trop les sexualiser. »

 

L'éditeur rappelle également que la sexualisation dépend aussi du regard que porte le lecteur aux images, et qu'il n'a pas l'intention de devenir une sorte de flic éditorial. La maison tout au plus, s'engage à s'autoriser à donner dans le sexy, mais sans toutefois franchir la limite de l'exhibition gratuite. Les féministes les plus véhéments auront probablement toujours la critique facile, mais il faudrait néanmoins prendre garde selon Alonso de ne pas tomber dans l'habitude à la censure.

 

Par ailleurs, il faut bien admettre que les héros masculins, aux muscles saillants et aux tétons qui pointent à travers leurs costumes, qui osent parfois aller jusqu'à endosser des slips par-dessus leurs caleçons moulants, n'ont pas des allures très naturelles non plus. Si l'on veut préserver les jeunes lecteurs de la discrimination physique et ses conséquences, on pourrait aussi se questionner quant à Miss Hulk, qui conserve sa ligne filiforme malgré ses caractéristiques similaires au poid-lourd qui lui fait office de pendant masculin...